CARIES ET LAIT MATERNEL THÉORIES VS RECHERCHE
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Caries et allaitement. AA n° 54
Allaiter Aujourd'hui n°54 - Le point sur...
caries et allaitement
Nous ouvrons aujourd’hui une nouvelle rubrique qui, nous l’espérons, sera ensuite régulière. Il s’agit de faire « le point sur » des sujets divers, autour bien sûr de l’allaitement et du maternage. Sujets qui ne justifient pas cinq pages de dossier et vingt de témoignages, mais nécessitent néanmoins plus qu’une simple colonne de « brève ».
Pour l’inaugurer, nous allons faire « le point » sur caries et allaitement. Nous avions déjà abordé le sujet dans AA n° 28, mais il est bon d’y revenir, car c’est régulièrement que des mères de bambins allaités se font dire par le dentiste que si leur enfant a des caries, c’est parce qu’elles les allaitent encore, et notamment la nuit. Certains vont jusqu’à refuser de soigner l’enfant tant que la mère ne l’a pas sevré, au moins des tétées nocturnes. ..
En fait, si l’on étudie la littérature sur le sujet, on s’aperçoit que les seules études montrant un lien éventuel entre allaitement et caries sont de simples études de cas, portant uniquement sur un ou deux enfants. Aucune étude épidémiologique n’a jamais retrouvé ce lien. Au contraire, plusieurs études (Oulis 1999, Torney 1992, Weerheijm 1998) ont exonéré l’allaitement de toute responsabilité.
En fait, la plupart des dentistes extrapolent à l’allaitement le « syndrome du biberon » où des enfants qui pendant de longues heures, voire parfois toute la nuit, tètent des biberons de lait ou de boissons sucrées, développent des caries au point de se retrouver vers 3 ou 4 ans complètement édentés.
C’est méconnaître complètement les différences entre l’allaitement et le biberon.
Pourquoi l’allaitement n’est pas cariogène
Tout d’abord, le lait maternel n’abaisse pas de façon significative le pH à l’intérieur de la bouche, contrairement à presque tous les laits industriels. Or la bactérie qu’on estime la principale responsable des caries, le Streptocoque mutans (S. mutans), se développe particulièrement bien à un pH bas.
En second lieu, la plupart des laits industriels sont sujets à la prolifération bactérienne, contrairement au lait de femme qui renferme des facteurs anti-bactériens. On sait par exemple que le S. mutans est très sensible à l’action bactéricide de la lactoferrine, un des composants majeurs du lait maternel (Palmer 2000).
Troisièmement, on a observé que les laits industriels dissolvent l’émail des dents, contrairement au lait de femme qui dépose du calcium et du phosphore dans l’émail (reminéralisation).
La mécanique même de l’allaitement fait qu’il est très improbable que du lait maternel stagne longtemps dans la bouche du bébé, contrairement à ce qui se passe avec le biberon et qui explique la « carie du biberon ». Un mouvement de succion du sein est suivi d’une déglutition, le bébé doit avaler avant de continuer. Au biberon au contraire, du liquide peut couler dans la bouche du bébé même s’il ne tète pas activement ; s’il ne l’avale pas, ce liquide peut rester à l’avant de la bouche et baigner les dents.
Enfin, la sécheresse de la bouche est l’un des facteurs pouvant augmenter l’incidence des caries précoces. La salive est produite en moindre quantité la nuit, surtout chez les personnes qui respirent par la bouche. Or un bambin qui tète encore la nuit continue à produire de la salive, ce qui peut aider à combattre cette sécheresse.
Le pourquoi des caries
Il n’en reste pas moins qu’on voit régulièrement des bambins allaités avec des caries. Si l’allaitement n’est pas en cause (on pourrait dire qu’ils ont des caries non pas parce qu’ils sont allaités, mais en dépit du fait qu’ils sont allaités), comment cela s’explique-t-il ?
Et bien, par les causes qu’on retrouve chez tous les enfants, allaités ou pas : défauts de l’émail, héréditaires ou congénitaux (dus à quelque chose qui s’est passé pendant la grossesse : fièvre, maladie, stress, prise de médicaments, mauvaise alimentation) ; naissance prématurée ; fièvres chez l’enfant ; mauvaise hygiène buccale ; abus d’aliments et de boissons sucrés (sans oublier le sucre contenu dans nombre de médicaments pédiatriques) ; infection par le S. mutans.
Certains estiment que la responsabilité de cette bactérie est en cause dans 90 % des caries précoces. Elle est le plus souvent transmise de la mère à l’enfant par la salive, au cours de leurs contacts fréquents et intimes (bisous, partage des couverts et ustensiles de cuisine…). Ce qui explique sans doute les résultats de cette étude (Serwint 1993) qui avait trouvé une forte corrélation entre l’apparition de caries chez le bambin et la présence de nombreuses caries chez la mère.
Préventivement, certains conseillent que la mère, dès la fin de la grossesse, fasse des bains de bouche quotidiens avec une solution au fluor ou à la chlorhexidine. Mais cela est controversé et doit être discuté avec le dentiste. On peut aussi prévenir la contamination de l’enfant par le S. mutans en évitant le plus possible tout ce qui aboutit à un échange de salive (partage de couverts ou de brosses à dents, etc.), et en faisant en sorte de ne pas abaisser le pH de la bouche (ne pas introduire de lait industriel par exemple).
Si les caries sont là, il faut bien sûr les faire traiter (ne pas se dire : ce ne sont que des dents de lait, ce n’est pas important) par un dentiste habitué à soigner les petits. Et peut-être faire des tests salivaires afin d’évaluer le « risque carieux ». Des traitements spécifiques du S. mutans (bains de bouche anti-bactériens, vernis anti-bactériens, on parle même d’un vaccin à l’étude) pourront alors se révéler utiles (Reagan 2002).
Oulis, C. et al, Feeding practices of Greek children with and without nursing caries, PediatrDent 1999 ; 21(7) : 409-416.
Palmer B, Breastfeeding and infant caries, ABM News and Views 2000 Dec ; 6 (4) : 27-31.
Reagan L, Big bad cavities, breastfeeding is not the cause, Mothering 2002 Jul-Aug : 113.
Serwint JL et al, Child-rearing practices and nursing caries, Pediatrics, 8/93, 92 : 233-37.
Torney, H., Prolonged On-Demand Breastfeeding and Dental Caries – An Investigation, thèse, Dublin, 1992
Weerheijm KL, Prolonged demand breastfeeding and nursing caries, Caries 1998, 32 (1) : 46-50.
www.lllfrance.org
Peut être reproduit, imprimé ou diffusé à condition de mentionner la provenance de cet article.
publié dans Allaiter Aujourd'hui n° 54, LLL France 2004
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Sommaire du fond documentaire
caries et allaitement
Nous ouvrons aujourd’hui une nouvelle rubrique qui, nous l’espérons, sera ensuite régulière. Il s’agit de faire « le point sur » des sujets divers, autour bien sûr de l’allaitement et du maternage. Sujets qui ne justifient pas cinq pages de dossier et vingt de témoignages, mais nécessitent néanmoins plus qu’une simple colonne de « brève ».
Pour l’inaugurer, nous allons faire « le point » sur caries et allaitement. Nous avions déjà abordé le sujet dans AA n° 28, mais il est bon d’y revenir, car c’est régulièrement que des mères de bambins allaités se font dire par le dentiste que si leur enfant a des caries, c’est parce qu’elles les allaitent encore, et notamment la nuit. Certains vont jusqu’à refuser de soigner l’enfant tant que la mère ne l’a pas sevré, au moins des tétées nocturnes. ..
En fait, si l’on étudie la littérature sur le sujet, on s’aperçoit que les seules études montrant un lien éventuel entre allaitement et caries sont de simples études de cas, portant uniquement sur un ou deux enfants. Aucune étude épidémiologique n’a jamais retrouvé ce lien. Au contraire, plusieurs études (Oulis 1999, Torney 1992, Weerheijm 1998) ont exonéré l’allaitement de toute responsabilité.
En fait, la plupart des dentistes extrapolent à l’allaitement le « syndrome du biberon » où des enfants qui pendant de longues heures, voire parfois toute la nuit, tètent des biberons de lait ou de boissons sucrées, développent des caries au point de se retrouver vers 3 ou 4 ans complètement édentés.
C’est méconnaître complètement les différences entre l’allaitement et le biberon.
Pourquoi l’allaitement n’est pas cariogène
Tout d’abord, le lait maternel n’abaisse pas de façon significative le pH à l’intérieur de la bouche, contrairement à presque tous les laits industriels. Or la bactérie qu’on estime la principale responsable des caries, le Streptocoque mutans (S. mutans), se développe particulièrement bien à un pH bas.
En second lieu, la plupart des laits industriels sont sujets à la prolifération bactérienne, contrairement au lait de femme qui renferme des facteurs anti-bactériens. On sait par exemple que le S. mutans est très sensible à l’action bactéricide de la lactoferrine, un des composants majeurs du lait maternel (Palmer 2000).
Troisièmement, on a observé que les laits industriels dissolvent l’émail des dents, contrairement au lait de femme qui dépose du calcium et du phosphore dans l’émail (reminéralisation).
La mécanique même de l’allaitement fait qu’il est très improbable que du lait maternel stagne longtemps dans la bouche du bébé, contrairement à ce qui se passe avec le biberon et qui explique la « carie du biberon ». Un mouvement de succion du sein est suivi d’une déglutition, le bébé doit avaler avant de continuer. Au biberon au contraire, du liquide peut couler dans la bouche du bébé même s’il ne tète pas activement ; s’il ne l’avale pas, ce liquide peut rester à l’avant de la bouche et baigner les dents.
Enfin, la sécheresse de la bouche est l’un des facteurs pouvant augmenter l’incidence des caries précoces. La salive est produite en moindre quantité la nuit, surtout chez les personnes qui respirent par la bouche. Or un bambin qui tète encore la nuit continue à produire de la salive, ce qui peut aider à combattre cette sécheresse.
Le pourquoi des caries
Il n’en reste pas moins qu’on voit régulièrement des bambins allaités avec des caries. Si l’allaitement n’est pas en cause (on pourrait dire qu’ils ont des caries non pas parce qu’ils sont allaités, mais en dépit du fait qu’ils sont allaités), comment cela s’explique-t-il ?
Et bien, par les causes qu’on retrouve chez tous les enfants, allaités ou pas : défauts de l’émail, héréditaires ou congénitaux (dus à quelque chose qui s’est passé pendant la grossesse : fièvre, maladie, stress, prise de médicaments, mauvaise alimentation) ; naissance prématurée ; fièvres chez l’enfant ; mauvaise hygiène buccale ; abus d’aliments et de boissons sucrés (sans oublier le sucre contenu dans nombre de médicaments pédiatriques) ; infection par le S. mutans.
Certains estiment que la responsabilité de cette bactérie est en cause dans 90 % des caries précoces. Elle est le plus souvent transmise de la mère à l’enfant par la salive, au cours de leurs contacts fréquents et intimes (bisous, partage des couverts et ustensiles de cuisine…). Ce qui explique sans doute les résultats de cette étude (Serwint 1993) qui avait trouvé une forte corrélation entre l’apparition de caries chez le bambin et la présence de nombreuses caries chez la mère.
Préventivement, certains conseillent que la mère, dès la fin de la grossesse, fasse des bains de bouche quotidiens avec une solution au fluor ou à la chlorhexidine. Mais cela est controversé et doit être discuté avec le dentiste. On peut aussi prévenir la contamination de l’enfant par le S. mutans en évitant le plus possible tout ce qui aboutit à un échange de salive (partage de couverts ou de brosses à dents, etc.), et en faisant en sorte de ne pas abaisser le pH de la bouche (ne pas introduire de lait industriel par exemple).
Si les caries sont là, il faut bien sûr les faire traiter (ne pas se dire : ce ne sont que des dents de lait, ce n’est pas important) par un dentiste habitué à soigner les petits. Et peut-être faire des tests salivaires afin d’évaluer le « risque carieux ». Des traitements spécifiques du S. mutans (bains de bouche anti-bactériens, vernis anti-bactériens, on parle même d’un vaccin à l’étude) pourront alors se révéler utiles (Reagan 2002).
Oulis, C. et al, Feeding practices of Greek children with and without nursing caries, PediatrDent 1999 ; 21(7) : 409-416.
Palmer B, Breastfeeding and infant caries, ABM News and Views 2000 Dec ; 6 (4) : 27-31.
Reagan L, Big bad cavities, breastfeeding is not the cause, Mothering 2002 Jul-Aug : 113.
Serwint JL et al, Child-rearing practices and nursing caries, Pediatrics, 8/93, 92 : 233-37.
Torney, H., Prolonged On-Demand Breastfeeding and Dental Caries – An Investigation, thèse, Dublin, 1992
Weerheijm KL, Prolonged demand breastfeeding and nursing caries, Caries 1998, 32 (1) : 46-50.
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Sommaire du fond documentaire
Caries et allaitement, aucun rapport.
Facteurs de risque de caries entre 0 et 36 mois
Caries prevalence and risk factors among children aged 0 to 36 months.
AP Santos, VM Soviero. Pesqui Odontol Bras 2002 ; 16(3) : 203-8. Mots-clés : caries, facteurs de risque.
Le but de cette étude était d'évaluer la prévalence des caries et l'impact es divers facteurs de risque chez les enfants vus dans une consultation pédiatrique hospitalière brésilienne. Les enfants étaient âgés au plus de 36 mois. Les parents ont répondu à un questionnaire détaillé portant sur les facteurs socio-économiques, l' alimentation reçue et l'hygiène buccale. La même personne a pratiqué un examen dentaire des enfants. L'âge moyen des enfants était de 22,9 mois. La prévalence des caries était de 41,6% , et le nombre de dents atteintes était de 1,7 ± 2,5. Les dents les plus souvent touchées étaient les incisives, et les lésions dentaires les plus fréquentes étaient des taches blanches sur les dents. Il n'existait aucune corrélation significative entre la prévalence des caries, le statut socio-économique, le niveau d'hygiène buccale, les tétées nocturnes au sein ou au biberon, ou la prise de liquides cariogéniques pendant la journée.
Il existait toutefois une corrélation significative entre la prévalence des caries et la présence d'un biofilm dentaire lui-même lié au niveau d'hygiène buccale.
Propriétés cariogènes des différents types de lait Cariogenicity and cariostatic properties for different types of milk - Review.
PM Duarte, LC Coppi, PL Rosalen. Arch Latinoam Nutr 2000 ; 50(2) : 113-20. Mots-clés : lait, caries dentaires. L'objectif des auteurs était de mieux évaluer l'impact des différents laits sur la santé buccale, et en particulier leurs propriétés cariogènes ou cariostatiques. Différentes études ont été menées sur le lait humain et le lait industriel, mais on ignore encore beaucoup de choses. Le lait de vache frais contient des composants cariostatiques, tels que la caséine, les lipides, et des enzymes antibactériennes, bien qu'il contienne 4% de lactose, sucre supposé cariogène. Des auteurs ont relié l'allaitement à la survenue de caries d'un type spécifiques, dites « caries du biberon »,
mais des études plus poussées n'ont pas mis en évidence un quelconque impact cariogène du lait humain.
Le lait industriel, couramment donné à de jeunes enfants, reste le moins étudié en ce qui concerne son impact sur la prévalence des caries.
Il serait très intéressant d'étudier les propriétés cariogènes et cariostatiques des différents laits consommés par les enfants, et leur impact sur la prévalence des caries pendant l'enfance et à l'âge adulte.
Allaitement et caries : aucun rapport . Breastfeeding and infant caries : no connection. B Palmer. ABM News and Views 2000 ; 6(4) : 27.
Mots-clés : caries, santé dentaire, allaitement. Certains auteurs ont recommandé que l'enfant soit sevré au moment de l' apparition des premières dents de lait, sous prétexte que l'allaitement augmente le risque de caries. Aucune étude n'est venue confirmer le bien-fondé de cette recommandation.
Dans une étude publiée en 1999, Erickson concluait que si les laits industriels étaient cariogènes, ce n'était pas le cas du lait humain.
D' autres auteurs ont remis en cause la méthodologie d'études ayant retrouvé un lien entre l'allaitement et la prévalence des caries.
Oulis, dans une étude publiée aussi en 1999, constatait qu'un allaitement d'au moins 40 jours abaissait le risque de caries.
Dès 1977, une étude avait constaté que le lait humain permettait in vitro une reminéralisation de l'émail lorsqu'il avait été artificiellement déminéralisé. Les caries sont favorisées par la colonisation de la cavité buccale par le Streptococcus mutans, et les anticorps du lait humain peuvent inhiber la croissance de ce germe. Des études ont constaté que la prévalence des caries était très basse pendant la préhistoire.
Berkowitz concluait que les caries constituaient une maladie infectieuse rampante, essentiellement liée à la présence dans la bouche d'une souche microbienne particulière, le Streptococcus mutans. Cette bactérie peut être transmise à l'enfant par son entourage. Sa multiplication jusqu'à un seuil où elle devient pathogène serait la conséquence de l'exposition fréquente et prolongée à des substances cariogènes.
Certains ont estimé que le lactose était cariogène, comme le glucose ou le saccharose. Mais le lactose présent dans le lait humain est accompagné de tout un environnement enzymatique et immunologique. Par ailleurs, la lactase agit au niveau de l'estomac. Le lactose est le sucre spécifique du lait, et il est présent dans le lait de quasiment tous les mammifères.
Pourquoi les humains sont-ils les seuls mammifères à présenter un taux significatif de caries ? Pourquoi les caries dentaires ne sont-elles apparues dans l'espèce humaine que depuis 8000 à 10.000 ans? L'observation a permis d'identifier divers facteurs qui augmentent le risque de carie.
Le sucre représente le plus important facteur de risque ; cela inclut le sucre raffiné, mais aussi le sucre caché dans les aliments : jus de fruits, boissons sucrées, fruits secs, céréales sucrées., ainsi que les médicaments contenant du sucre.
Il semble que ce n'est pas la quantité de sucre qui constitue le facteur le plus déterminant, mais plutôt la fréquence d'exposition.
Le moment d'apparition des premières caries induites par les bactéries dans la bouche de l'enfant, et le nombre de caries.
La xérostomie (sécrétion salivaire très faible ou inexistante)
Une maladie ou un stress de la mère ou du fotus pendant la grossesse. De mauvaises habitudes alimentaires familiales.
Une mauvaise hygiène buccale et générale dans la famille.
Une prédisposition génétique familiale (contribution mineure).
Absolument rien ne permet de penser que l'allaitement puisse favoriser les caries.
L'allaitement représente la norme pour notre espèce, y compris en ce qui concerne le développement correct des arches dentaires et des structures faciales dans leur ensemble. Il est temps que les professionnels de santé commencent à éduquer le grand public sur l'importance de l'allaitement en matière de santé dentaire.
Dents et Allaitement
Harry Torney, 2ème conférence européenne, Nottingham, 2000 . Compte-rendu par Sarah Hung, animatrice d'origine anglaise résidant à Hong Kong Extrait de « ALL Around Asia », 2000.
M. Torney commença par énumérer tous les professionnels de santé qui considéraient le lait de femme comme aliment de premier choix pour l'enfant. La liste était longue, incluant la plupart des professions médicales : des généralistes, des obstétricien(ne)s, des pédiatres, des sage-femmes, des consultantes en lactation, des diététicien(ne)s etc.
Il établit ensuite la liste des professionnels de santé qui ne considèrent pas le lait maternel comme aliment de premier choix pour l'enfant.
Cette liste était constituée d'une seule profession : les dentistes.
Ceux-ci avancent les caries dentaires comme contre-indication de l'allaitement maternel. M. Torney posa alors la question : "L'allaitement maternel provoque-t-il des caries dentaires ?
Ensuite, M. Torney présenta les références tirées d'études médicales soutenant que l'allaitement maternel provoquerait des caries dentaires.
Le diapositif qu'il présenta à cette occasion était entièrement blanc mis à part l'alignement de chiffres allant de 1 à 5. "C'est exactement cela", dit M. Torney, "il n'y a pas d'études prouvant cette hypothèse".
Ensuite il analysa deux études présentées par des dentistes.
La premièren (présentée par 3 dentistes) décrit quatre enfants nourris au sein qui souffraient de caries dentaires très importantes. La seconde étude (présenté par 1 dentiste) décrit 3 enfants allaités qui souffraient également d'importantes caries dentaires.
M. Torney calcula alors le nombre d'enfants que ces dentistes avaient probablement rencontré durant leur pratique professionnelle. Il estima que chacun avait vu au moins 10 000 enfants. Il posa alors la question suivante :
si l'allaitement provoque des caries dentaires, pourquoi alors les études de cas présentées par ces quatre spécialistes ne concernent-ils que sept enfants ?
Ensuite M. Torney s'attarda sur quelques études ayant pour objet la comparaison d'une population d'enfants nourris au sein avec un groupe de contrôle constitué d'enfants nourris au biberon. Il résulta de ces études que les enfants nourris au sein avaient davantage de caries dentaires que les autres. Aucune de ces études ne prit en compte la quantité d'aliments sucrés consommés par les enfants. M. Torney tira l'attention sur le fait connu de tous que la consommation d'aliments sucrés contribue à la formation de caries dentaires. En prenant alors en compte ce paramètre, il s'avéra que les enfants allaités au sein en consommaient davantage que les enfants des groupes de contrôle.
M. Torney n'était pas en mesure d'affirmer si cela se vérifiait pour les enfants allaités en général ou simplement pour les enfants participants à ces études.
M. Torney présenta ensuite un modèle simplifié expliquant la formation de caries dentaires. Il spécifia qu'en réalité il y avait plus de 60 facteurs qui peuvent être à l'origine des caries dentaires. Le modèle présenté correspond à celui que l'on enseigne en premier durant la formation des dentistes. Ensuite il présenta une étude portant sur l'analyse des caries dentaires dans des crânes préhistoriques.
On part du principe que toutes ces personnes étaient allaitées. Sur plus de 2000 dents, il n'y avait que 27 dents cariées. Ces 27 dents appartenaient à la même personne. M. Torney émit l'hypothèse que cette personne souffrait probablement d'un émaillage défectueux des dents. Ce qui serait davantage responsable des caries dentaires que l'allaitement.
M. Torney présenta alors une étude qu'il avait effectuée en Irlande sur 107 enfants allaités à la demande durant au moins 2 ans.
59 parmi eux s'étaient sevrés tandis que 48 continuaient à se nourrir au sein. Ces enfants avaient été partagés en deux groupes. Le groupe avec "peu de caries dentaires" (moins de deux caries à deux ans) comportait 75 enfants et le groupe avec "beaucoup de caries dentaires" (deux ou plus de caries dentaires à deux ans) comportait 32 enfants.
Les deux groupes d'enfants ont ensuite été comparés afin de déterminer les facteurs favorisant ou causant la survenue de caries dentaires.
Il en résulta que l'allaitement n'était pas un facteur favorisant la survenue des caries dentaires : les deux groupes ne présentèrent pas de différences significatives quant à la fréquences des tétées durant le jour et la nuit, l'âge du sevrage ou le taux en lactose du lait de femme.
Mais quatre autres facteurs s'avéraient liés de façon significative au groupe des enfants avec "beaucoup de caries dentaires". Le facteur le plus important était l'émail défectueux, tandis que les trois autres facteurs étaient liés à des événements survenus lors de la grossesse (Ceci semble probable étant donné que l'émaillage des dents de lait se fait durant la grossesse). Selon les propos des mères, un événement de ce type était le stress et/ou deuil. Elles en déterminaient un autre la réduction de la consommation de produits laitiers. La maladie pouvait être décelée comme troisième paramètre significatif il se révéla néanmoins que c'était surtout la prise d'antibiotiques qui jouait un rôle significatif dans ce cas. D'autres sortes de médicaments ainsi que de 27 autres paramètres avaient été pris en compte, mais ils ne jouaient pas un rôle significatif dans la formation des caries dentaires dans ce groupe d'enfants.
M. Torney conclut alors que les caries dentaires apparaissent malgré l'allaitement maternel et pas à cause de celui-ci.
Durant la partie de l'exposé consacrée aux questions, quelqu'un demanda des précisions sur l'effet de la prise d'antibiotiques durant la grossesse. M. Torney répondit en disant que davantage d'études étaient nécessaires à ce sujet et fit part de son opinion en relatant l'histoire d'une femme, participante à son étude, qui avait tenu un journal très détaillé durant sa grossesse. Lorsqu'elle était enceinte d'environ 3 mois, justement au moment où l'émail des deux incisives antérieurs commençait à se former, on lui prescrit des antibiotiques. Son enfant présentait des caries sur le côté des deux incisives supérieurs et nulle part ailleurs. Une autre personne demanda quel était la conséquence d'une carie de dent de lait sur la dent de la deuxième dentition. M. Torney expliqua que si la dent de lait s'infecterait, elle pourrait endommager cette deuxième dent. Il cita comme exemple les 32 enfants du groupe avec "beaucoup de caries dentaires".
Bien qu'il ne les avait pas enrôlés dans une étude supplémentaire, il suivait un certain nombre d'entre eux, étant leur dentiste. Aucun de ces enfants n'a des problèmes avec sa deuxième dentition.
Harry Tomey et l'animtrice LLL(GB) MI Dye, ont écrit ensemble le feuillet "Breastfeeding and Dental Health", disponible auprès de LLL Books Ltd. Allaitement et caries.
Investigation of the role of human breast milk in caries development. PR Erickson, E Mazhari. Pediatr Dent 1999 ; 21(2) : 86-90. Mots-clés : lait humain, caries « du biberon », pH buccal, facteurs de risque.
Le but de cette étude était d'évaluer la nature des relations entre l' allaitement et les facteurs de risque pour les caries dites « du biberon ». Pour ce faire, les auteurs ont mesuré le pH buccal de 18 enfants allaités âgés de 12 à 24 mois avant et après une tétée, afin d'en déterminer les variations. Ils ont aussi cultivé une souche de Streptococcus sobrinus 6715 ayant été incubée pendant 3 heures en présence de lait humain, pour appréciation de la croissance bactérienne et mesure du pH du milieu de culture. De l'émail dentaire réduit en poudre a aussi été incubé pendant 24 heures dans du lait humain, afin de déterminer le taux de solubilité de cet émail en présence de lait humain et en l'absence de bactéries. Les auteurs ont mélangé du lait humain à des doses croissantes d'acide afin d'en mesurer le pouvoir tampon. Enfin, ils ont fait des « trous » dans l'émail dentaire de prémolaires, les ont colonisées avec du Streptocoque mutant, puis les ont incubées avec du lait humain. Les caries survenues dans ces prémolaires ont été étudiées visuellement et radiologiquement au bout de 12 semaines d' incubation.
Les résultats ont montré que le lait humain n'induisait pas plus de variations du pH buccal qu'un rincage à l'eau claire. Il permettait une croissance modérée du Streptococcus sobrinus. Un dépôt de calcium et de phosphates était observé sur la poudre d'émail après incubation avec le lait humain. Ce dernier avait un pouvoir tampon très faible. Enfin, aucune carie n'était constatée après incubation dans le lait humain seul, même après 12 semaines.
Si par contre on ajoutait dans ce lait humain du saccharose à un taux de 10%, des caries apparaissaient au bout de 3,2 semaines. Les auteurs concluaient que le lait humain n'induisait pas de caries dentaires.
Allaitement prolongé et caries chez des enfants de 18 mois Dental caries and prolonged breastfeeding in 18-month-old Swedish children. AL Hallonsten, LK Wendt, I Mejàre et al. In J Pediatr Dent 1995 ; 5 : 149-55. B Review 1999 ; 7 : 37.
Cette étude suédoise comportait 2 volets. Une étude épidémiologique a évalué la prévalence des caries et de l'allaitement long chez des enfants de 18 mois. Pour ce faire, 3000 enfants, suivis dans 46 centres de consultation ont été étudiés. 200 de ces enfants ont été enrôlés pour le second volet de l'étude, qui a évalué avec précision les habitudes alimentaires, le brossage des dents, l'utilisation de fluor, et a effectué une mise en culture de prélèvements buccaux à la recherche de Streptococus mutant et de Lactobacillus. Les enfants ont été répartis en 4 groupes
groupe 1 : enfants non allaités et présentant des caries
groupe 2 : enfants allaités et présentant des caries
groupe 3 : enfants allaités ne présentant pas de caries
groupe 4 : enfants non allaités et ne présentant pas de caries.
Au total, 2,1% de ces enfants de 18 mois présentaient des caries, et 2% étaient toujours allaités. Parmi les enfants qui étaient toujours allaités, 19,7% présentaient des caries, contre 1,7% des enfants qui n'étaient plus allaités. Après étude des différents paramètres, il apparaissait que, en dépit de l' importante différence notée ci-dessus, l'allaitement en soi n'avait aucune relation avec la prévalence des caries. Qu'ils soient toujours allaités ou non à 18 mois, les enfants qui souffraient de caries étaient ceux qui consommaient le plus d'aliments cariogènes. 67% des enfants étaient porteurs du Streptococcus mutans, et 13% étaient porteur du Lactobacillus. Les caries étaient plus fréquentes chez ces enfants, qu'ils soient ou non encore allaités. Les auteurs concluent que certains enfants développent très tôt des habitudes alimentaires néfastes, qui augmentent nettement le risque de caries précoces.
L'allaitement long n'est pas en soi un facteur de risque pour ce type de caries, dans la mesure où les autres aliments pris par l' enfant sont peu cariogènes.
Pratiques de maternage caries dentaires Child-rearing practices and nursing caries. JR Serwint, R Murgo, VF Negrete, AK Duggan and BM Korsch. Pediatrics, Août 93, 92 : 233-37.
Le terme "caries alimentaire" recouvre un type d'altérations dentaires affectant les incisives centrales et latérales du maxillaire, ainsi que les premières molaires. Dans la littérature, ce type de caries est attribué au don de biberon après l'âge de un an, au don nocturne de biberon, et aux difficultés qu'éprouvent les parents à dire "non" à l'enfant. Cependant, de nouvelles études amènent à penser que cette pathologie a une origine multifactorielle. D'autre part, nombre d'enfants continuent à avoir des biberons passé l'âge de 12 mois, ainsi que des biberons la nuit, sans pour autant présenter des caries. Les auteurs de cette étude se sont posé les questions suivantes.
Les enfants qui présentent ce type de caries continuent-ils à recevoir des biberons après un an ou la nuit plus souvent que les autres enfants ?
Ces enfants ont-ils des parents qui ont des difficultés à poser des limites? Existe-t-il des antécédents familiaux sur le plan dentaire?
L'étude a porté sur 110 enfants âgés de 18 à 36 mois. La mère a été interrogée sur divers facteurs socio-économiques, les pratiques sur le plan de l'alimentation, la façon dont les parents définissaient des limites à l'enfant, les antécédents et pratiques familiales en matière de santé dentaire. Les enfants ont ensuite été examinés, et le nombre, l'emplacement et l'importance des caries éventuelles a été noté. 22 enfants (20%) présentaient des caries. Il n'a pas été retrouvé de différence significative entre ces enfants et les autres quant aux données démographiques et socio-économiques, sauf en ce qui concerne le niveau d'éducation de la mère : l'augmentation de ce dernier était corrélé à une baisse de l'incidence des caries.
Presque tous les enfants étudiés recevaient toujours des biberons à 12 et 18 mois.
La fréquence des caries était plus élevé chez les enfants qui avaient été allaités (72% contre 46%). Cependant, la durée de l'allaitement était similaire chez les divers groupes d'enfants. Il n'y avait pas de différence significative entre les enfants pour ce qui est de l'utilisation d'une sucette, de la cuillère ou de "doudous". Il n'y avait pas non plus de différence significative dans les apports quotidiens en lait, en jus de fruit ou en glucides, ni de rapport entre ces apports et la sévérité des caries.
Presque tous les enfants recevaient un biberon de lait la nuit à 12 mois, et la plupart d'entre eux en recevaient toujours à 18 mois.
Aucun rapport n'a pu être mis en évidence entre la survenue de carie et ce fait, même en prenant en compte le fait que certains enfants recevaient plus d'un biberon par nuit, qu'il pouvait dormir avec le biberon, et que le biberon pouvait contenir de l'eau.
Il n'y avait pas de différence entre les mères quant à leur permissivité.
Cependant, les mères dont les enfants avaient des caries étaient plus nombreuses à utiliser le biberon pour amener leur enfant à coopérer avec elles (58% contre 23%).
En fait, le seul facteur qui s'est avéré fortement corrélé à l'apparition de caries chez le bambin a été la présence de caries chez la mère.
55% des mères dont l'enfant souffrait de carie avaient elles-mêmes au moins 8 caries, contre 19% des mères dont les enfants n'avaient pas de caries. Cela avait déjà été mis en évidence dans d'autres études, et il est difficile de savoir dans quelle mesure ce fait est du à des facteurs génétiques ou environnementaux.
Aucune différence significative n'a pu être retrouvée dans l'incidence des caries en fonction de la prise éventuelle de fluor, de l'âge auquel avait débuté une supplémentation en fluor, ou de l'âge auquel on avait commencé à brosser les dents de l'enfant. Contrairement à l'opinion couramment répandue, et à ce qui a été rapporté par certaines autres études, aucune corrélation n'a pu être mise en évidence entre la prévalence des caries et l'utilisation du biberon la nuit et après l'âge de 12 mois.
Cette étude a porté sur des enfants venant dans une consultation pédiatrique générale, et non dans une consultation dentaire, ce qui peut expliquer cette différence de résultat.
D'autre part, les enfants ont été vus à des âges différents, leurs apports glucidiques n'on pas pu être appréciés exactement, et les réponses des mères sur le don de biberons pouvaient être approximatives, ce qui est susceptible d'avoir faussé les résultats. La raison pour laquelle l'incidence des caries était plus élevée chez les enfants allaités est obscure.
Certains auteurs attribuent cet état de fait à la poursuite des tétées nocturnes après 2 à 3 ans. Cela ne peut cependant pas être le cas ici, la majorité des mères qui avaient allaité avaient sevré leur enfant vers 5 à 6 mois, avant même la sortie de la première dent.
Il est possible que cette corrélation soit due à des biais non encore mis en évidence. Dans cette étude, le pourcentage de mères présentant au moins 8 caries était plus élevé chez les mères qui avaient allaité (72% contre 28%), ce qui, étant donné l'impact important de ce facteur, peut être une explication. 80% des mères étaient d'origine hispanique, et des facteurs raciaux peuvent avoir une influence. Les auteurs concluent que l'origine des caries est multifactorielle, et qu'il n'on mis en évidence aucune raison de recommander un sevrage précoce du sein ou du biberon. D'autres études sont nécessaires afin de mieux cerner les causes de ce type de caries.
AP Santos, VM Soviero. Pesqui Odontol Bras 2002 ; 16(3) : 203-8. Mots-clés : caries, facteurs de risque.
Le but de cette étude était d'évaluer la prévalence des caries et l'impact es divers facteurs de risque chez les enfants vus dans une consultation pédiatrique hospitalière brésilienne. Les enfants étaient âgés au plus de 36 mois. Les parents ont répondu à un questionnaire détaillé portant sur les facteurs socio-économiques, l' alimentation reçue et l'hygiène buccale. La même personne a pratiqué un examen dentaire des enfants. L'âge moyen des enfants était de 22,9 mois. La prévalence des caries était de 41,6% , et le nombre de dents atteintes était de 1,7 ± 2,5. Les dents les plus souvent touchées étaient les incisives, et les lésions dentaires les plus fréquentes étaient des taches blanches sur les dents. Il n'existait aucune corrélation significative entre la prévalence des caries, le statut socio-économique, le niveau d'hygiène buccale, les tétées nocturnes au sein ou au biberon, ou la prise de liquides cariogéniques pendant la journée.
Il existait toutefois une corrélation significative entre la prévalence des caries et la présence d'un biofilm dentaire lui-même lié au niveau d'hygiène buccale.
Propriétés cariogènes des différents types de lait Cariogenicity and cariostatic properties for different types of milk - Review.
PM Duarte, LC Coppi, PL Rosalen. Arch Latinoam Nutr 2000 ; 50(2) : 113-20. Mots-clés : lait, caries dentaires. L'objectif des auteurs était de mieux évaluer l'impact des différents laits sur la santé buccale, et en particulier leurs propriétés cariogènes ou cariostatiques. Différentes études ont été menées sur le lait humain et le lait industriel, mais on ignore encore beaucoup de choses. Le lait de vache frais contient des composants cariostatiques, tels que la caséine, les lipides, et des enzymes antibactériennes, bien qu'il contienne 4% de lactose, sucre supposé cariogène. Des auteurs ont relié l'allaitement à la survenue de caries d'un type spécifiques, dites « caries du biberon »,
mais des études plus poussées n'ont pas mis en évidence un quelconque impact cariogène du lait humain.
Le lait industriel, couramment donné à de jeunes enfants, reste le moins étudié en ce qui concerne son impact sur la prévalence des caries.
Il serait très intéressant d'étudier les propriétés cariogènes et cariostatiques des différents laits consommés par les enfants, et leur impact sur la prévalence des caries pendant l'enfance et à l'âge adulte.
Allaitement et caries : aucun rapport . Breastfeeding and infant caries : no connection. B Palmer. ABM News and Views 2000 ; 6(4) : 27.
Mots-clés : caries, santé dentaire, allaitement. Certains auteurs ont recommandé que l'enfant soit sevré au moment de l' apparition des premières dents de lait, sous prétexte que l'allaitement augmente le risque de caries. Aucune étude n'est venue confirmer le bien-fondé de cette recommandation.
Dans une étude publiée en 1999, Erickson concluait que si les laits industriels étaient cariogènes, ce n'était pas le cas du lait humain.
D' autres auteurs ont remis en cause la méthodologie d'études ayant retrouvé un lien entre l'allaitement et la prévalence des caries.
Oulis, dans une étude publiée aussi en 1999, constatait qu'un allaitement d'au moins 40 jours abaissait le risque de caries.
Dès 1977, une étude avait constaté que le lait humain permettait in vitro une reminéralisation de l'émail lorsqu'il avait été artificiellement déminéralisé. Les caries sont favorisées par la colonisation de la cavité buccale par le Streptococcus mutans, et les anticorps du lait humain peuvent inhiber la croissance de ce germe. Des études ont constaté que la prévalence des caries était très basse pendant la préhistoire.
Berkowitz concluait que les caries constituaient une maladie infectieuse rampante, essentiellement liée à la présence dans la bouche d'une souche microbienne particulière, le Streptococcus mutans. Cette bactérie peut être transmise à l'enfant par son entourage. Sa multiplication jusqu'à un seuil où elle devient pathogène serait la conséquence de l'exposition fréquente et prolongée à des substances cariogènes.
Certains ont estimé que le lactose était cariogène, comme le glucose ou le saccharose. Mais le lactose présent dans le lait humain est accompagné de tout un environnement enzymatique et immunologique. Par ailleurs, la lactase agit au niveau de l'estomac. Le lactose est le sucre spécifique du lait, et il est présent dans le lait de quasiment tous les mammifères.
Pourquoi les humains sont-ils les seuls mammifères à présenter un taux significatif de caries ? Pourquoi les caries dentaires ne sont-elles apparues dans l'espèce humaine que depuis 8000 à 10.000 ans? L'observation a permis d'identifier divers facteurs qui augmentent le risque de carie.
Le sucre représente le plus important facteur de risque ; cela inclut le sucre raffiné, mais aussi le sucre caché dans les aliments : jus de fruits, boissons sucrées, fruits secs, céréales sucrées., ainsi que les médicaments contenant du sucre.
Il semble que ce n'est pas la quantité de sucre qui constitue le facteur le plus déterminant, mais plutôt la fréquence d'exposition.
Le moment d'apparition des premières caries induites par les bactéries dans la bouche de l'enfant, et le nombre de caries.
La xérostomie (sécrétion salivaire très faible ou inexistante)
Une maladie ou un stress de la mère ou du fotus pendant la grossesse. De mauvaises habitudes alimentaires familiales.
Une mauvaise hygiène buccale et générale dans la famille.
Une prédisposition génétique familiale (contribution mineure).
Absolument rien ne permet de penser que l'allaitement puisse favoriser les caries.
L'allaitement représente la norme pour notre espèce, y compris en ce qui concerne le développement correct des arches dentaires et des structures faciales dans leur ensemble. Il est temps que les professionnels de santé commencent à éduquer le grand public sur l'importance de l'allaitement en matière de santé dentaire.
Dents et Allaitement
Harry Torney, 2ème conférence européenne, Nottingham, 2000 . Compte-rendu par Sarah Hung, animatrice d'origine anglaise résidant à Hong Kong Extrait de « ALL Around Asia », 2000.
M. Torney commença par énumérer tous les professionnels de santé qui considéraient le lait de femme comme aliment de premier choix pour l'enfant. La liste était longue, incluant la plupart des professions médicales : des généralistes, des obstétricien(ne)s, des pédiatres, des sage-femmes, des consultantes en lactation, des diététicien(ne)s etc.
Il établit ensuite la liste des professionnels de santé qui ne considèrent pas le lait maternel comme aliment de premier choix pour l'enfant.
Cette liste était constituée d'une seule profession : les dentistes.
Ceux-ci avancent les caries dentaires comme contre-indication de l'allaitement maternel. M. Torney posa alors la question : "L'allaitement maternel provoque-t-il des caries dentaires ?
Ensuite, M. Torney présenta les références tirées d'études médicales soutenant que l'allaitement maternel provoquerait des caries dentaires.
Le diapositif qu'il présenta à cette occasion était entièrement blanc mis à part l'alignement de chiffres allant de 1 à 5. "C'est exactement cela", dit M. Torney, "il n'y a pas d'études prouvant cette hypothèse".
Ensuite il analysa deux études présentées par des dentistes.
La premièren (présentée par 3 dentistes) décrit quatre enfants nourris au sein qui souffraient de caries dentaires très importantes. La seconde étude (présenté par 1 dentiste) décrit 3 enfants allaités qui souffraient également d'importantes caries dentaires.
M. Torney calcula alors le nombre d'enfants que ces dentistes avaient probablement rencontré durant leur pratique professionnelle. Il estima que chacun avait vu au moins 10 000 enfants. Il posa alors la question suivante :
si l'allaitement provoque des caries dentaires, pourquoi alors les études de cas présentées par ces quatre spécialistes ne concernent-ils que sept enfants ?
Ensuite M. Torney s'attarda sur quelques études ayant pour objet la comparaison d'une population d'enfants nourris au sein avec un groupe de contrôle constitué d'enfants nourris au biberon. Il résulta de ces études que les enfants nourris au sein avaient davantage de caries dentaires que les autres. Aucune de ces études ne prit en compte la quantité d'aliments sucrés consommés par les enfants. M. Torney tira l'attention sur le fait connu de tous que la consommation d'aliments sucrés contribue à la formation de caries dentaires. En prenant alors en compte ce paramètre, il s'avéra que les enfants allaités au sein en consommaient davantage que les enfants des groupes de contrôle.
M. Torney n'était pas en mesure d'affirmer si cela se vérifiait pour les enfants allaités en général ou simplement pour les enfants participants à ces études.
M. Torney présenta ensuite un modèle simplifié expliquant la formation de caries dentaires. Il spécifia qu'en réalité il y avait plus de 60 facteurs qui peuvent être à l'origine des caries dentaires. Le modèle présenté correspond à celui que l'on enseigne en premier durant la formation des dentistes. Ensuite il présenta une étude portant sur l'analyse des caries dentaires dans des crânes préhistoriques.
On part du principe que toutes ces personnes étaient allaitées. Sur plus de 2000 dents, il n'y avait que 27 dents cariées. Ces 27 dents appartenaient à la même personne. M. Torney émit l'hypothèse que cette personne souffrait probablement d'un émaillage défectueux des dents. Ce qui serait davantage responsable des caries dentaires que l'allaitement.
M. Torney présenta alors une étude qu'il avait effectuée en Irlande sur 107 enfants allaités à la demande durant au moins 2 ans.
59 parmi eux s'étaient sevrés tandis que 48 continuaient à se nourrir au sein. Ces enfants avaient été partagés en deux groupes. Le groupe avec "peu de caries dentaires" (moins de deux caries à deux ans) comportait 75 enfants et le groupe avec "beaucoup de caries dentaires" (deux ou plus de caries dentaires à deux ans) comportait 32 enfants.
Les deux groupes d'enfants ont ensuite été comparés afin de déterminer les facteurs favorisant ou causant la survenue de caries dentaires.
Il en résulta que l'allaitement n'était pas un facteur favorisant la survenue des caries dentaires : les deux groupes ne présentèrent pas de différences significatives quant à la fréquences des tétées durant le jour et la nuit, l'âge du sevrage ou le taux en lactose du lait de femme.
Mais quatre autres facteurs s'avéraient liés de façon significative au groupe des enfants avec "beaucoup de caries dentaires". Le facteur le plus important était l'émail défectueux, tandis que les trois autres facteurs étaient liés à des événements survenus lors de la grossesse (Ceci semble probable étant donné que l'émaillage des dents de lait se fait durant la grossesse). Selon les propos des mères, un événement de ce type était le stress et/ou deuil. Elles en déterminaient un autre la réduction de la consommation de produits laitiers. La maladie pouvait être décelée comme troisième paramètre significatif il se révéla néanmoins que c'était surtout la prise d'antibiotiques qui jouait un rôle significatif dans ce cas. D'autres sortes de médicaments ainsi que de 27 autres paramètres avaient été pris en compte, mais ils ne jouaient pas un rôle significatif dans la formation des caries dentaires dans ce groupe d'enfants.
M. Torney conclut alors que les caries dentaires apparaissent malgré l'allaitement maternel et pas à cause de celui-ci.
Durant la partie de l'exposé consacrée aux questions, quelqu'un demanda des précisions sur l'effet de la prise d'antibiotiques durant la grossesse. M. Torney répondit en disant que davantage d'études étaient nécessaires à ce sujet et fit part de son opinion en relatant l'histoire d'une femme, participante à son étude, qui avait tenu un journal très détaillé durant sa grossesse. Lorsqu'elle était enceinte d'environ 3 mois, justement au moment où l'émail des deux incisives antérieurs commençait à se former, on lui prescrit des antibiotiques. Son enfant présentait des caries sur le côté des deux incisives supérieurs et nulle part ailleurs. Une autre personne demanda quel était la conséquence d'une carie de dent de lait sur la dent de la deuxième dentition. M. Torney expliqua que si la dent de lait s'infecterait, elle pourrait endommager cette deuxième dent. Il cita comme exemple les 32 enfants du groupe avec "beaucoup de caries dentaires".
Bien qu'il ne les avait pas enrôlés dans une étude supplémentaire, il suivait un certain nombre d'entre eux, étant leur dentiste. Aucun de ces enfants n'a des problèmes avec sa deuxième dentition.
Harry Tomey et l'animtrice LLL(GB) MI Dye, ont écrit ensemble le feuillet "Breastfeeding and Dental Health", disponible auprès de LLL Books Ltd. Allaitement et caries.
Investigation of the role of human breast milk in caries development. PR Erickson, E Mazhari. Pediatr Dent 1999 ; 21(2) : 86-90. Mots-clés : lait humain, caries « du biberon », pH buccal, facteurs de risque.
Le but de cette étude était d'évaluer la nature des relations entre l' allaitement et les facteurs de risque pour les caries dites « du biberon ». Pour ce faire, les auteurs ont mesuré le pH buccal de 18 enfants allaités âgés de 12 à 24 mois avant et après une tétée, afin d'en déterminer les variations. Ils ont aussi cultivé une souche de Streptococcus sobrinus 6715 ayant été incubée pendant 3 heures en présence de lait humain, pour appréciation de la croissance bactérienne et mesure du pH du milieu de culture. De l'émail dentaire réduit en poudre a aussi été incubé pendant 24 heures dans du lait humain, afin de déterminer le taux de solubilité de cet émail en présence de lait humain et en l'absence de bactéries. Les auteurs ont mélangé du lait humain à des doses croissantes d'acide afin d'en mesurer le pouvoir tampon. Enfin, ils ont fait des « trous » dans l'émail dentaire de prémolaires, les ont colonisées avec du Streptocoque mutant, puis les ont incubées avec du lait humain. Les caries survenues dans ces prémolaires ont été étudiées visuellement et radiologiquement au bout de 12 semaines d' incubation.
Les résultats ont montré que le lait humain n'induisait pas plus de variations du pH buccal qu'un rincage à l'eau claire. Il permettait une croissance modérée du Streptococcus sobrinus. Un dépôt de calcium et de phosphates était observé sur la poudre d'émail après incubation avec le lait humain. Ce dernier avait un pouvoir tampon très faible. Enfin, aucune carie n'était constatée après incubation dans le lait humain seul, même après 12 semaines.
Si par contre on ajoutait dans ce lait humain du saccharose à un taux de 10%, des caries apparaissaient au bout de 3,2 semaines. Les auteurs concluaient que le lait humain n'induisait pas de caries dentaires.
Allaitement prolongé et caries chez des enfants de 18 mois Dental caries and prolonged breastfeeding in 18-month-old Swedish children. AL Hallonsten, LK Wendt, I Mejàre et al. In J Pediatr Dent 1995 ; 5 : 149-55. B Review 1999 ; 7 : 37.
Cette étude suédoise comportait 2 volets. Une étude épidémiologique a évalué la prévalence des caries et de l'allaitement long chez des enfants de 18 mois. Pour ce faire, 3000 enfants, suivis dans 46 centres de consultation ont été étudiés. 200 de ces enfants ont été enrôlés pour le second volet de l'étude, qui a évalué avec précision les habitudes alimentaires, le brossage des dents, l'utilisation de fluor, et a effectué une mise en culture de prélèvements buccaux à la recherche de Streptococus mutant et de Lactobacillus. Les enfants ont été répartis en 4 groupes
groupe 1 : enfants non allaités et présentant des caries
groupe 2 : enfants allaités et présentant des caries
groupe 3 : enfants allaités ne présentant pas de caries
groupe 4 : enfants non allaités et ne présentant pas de caries.
Au total, 2,1% de ces enfants de 18 mois présentaient des caries, et 2% étaient toujours allaités. Parmi les enfants qui étaient toujours allaités, 19,7% présentaient des caries, contre 1,7% des enfants qui n'étaient plus allaités. Après étude des différents paramètres, il apparaissait que, en dépit de l' importante différence notée ci-dessus, l'allaitement en soi n'avait aucune relation avec la prévalence des caries. Qu'ils soient toujours allaités ou non à 18 mois, les enfants qui souffraient de caries étaient ceux qui consommaient le plus d'aliments cariogènes. 67% des enfants étaient porteurs du Streptococcus mutans, et 13% étaient porteur du Lactobacillus. Les caries étaient plus fréquentes chez ces enfants, qu'ils soient ou non encore allaités. Les auteurs concluent que certains enfants développent très tôt des habitudes alimentaires néfastes, qui augmentent nettement le risque de caries précoces.
L'allaitement long n'est pas en soi un facteur de risque pour ce type de caries, dans la mesure où les autres aliments pris par l' enfant sont peu cariogènes.
Pratiques de maternage caries dentaires Child-rearing practices and nursing caries. JR Serwint, R Murgo, VF Negrete, AK Duggan and BM Korsch. Pediatrics, Août 93, 92 : 233-37.
Le terme "caries alimentaire" recouvre un type d'altérations dentaires affectant les incisives centrales et latérales du maxillaire, ainsi que les premières molaires. Dans la littérature, ce type de caries est attribué au don de biberon après l'âge de un an, au don nocturne de biberon, et aux difficultés qu'éprouvent les parents à dire "non" à l'enfant. Cependant, de nouvelles études amènent à penser que cette pathologie a une origine multifactorielle. D'autre part, nombre d'enfants continuent à avoir des biberons passé l'âge de 12 mois, ainsi que des biberons la nuit, sans pour autant présenter des caries. Les auteurs de cette étude se sont posé les questions suivantes.
Les enfants qui présentent ce type de caries continuent-ils à recevoir des biberons après un an ou la nuit plus souvent que les autres enfants ?
Ces enfants ont-ils des parents qui ont des difficultés à poser des limites? Existe-t-il des antécédents familiaux sur le plan dentaire?
L'étude a porté sur 110 enfants âgés de 18 à 36 mois. La mère a été interrogée sur divers facteurs socio-économiques, les pratiques sur le plan de l'alimentation, la façon dont les parents définissaient des limites à l'enfant, les antécédents et pratiques familiales en matière de santé dentaire. Les enfants ont ensuite été examinés, et le nombre, l'emplacement et l'importance des caries éventuelles a été noté. 22 enfants (20%) présentaient des caries. Il n'a pas été retrouvé de différence significative entre ces enfants et les autres quant aux données démographiques et socio-économiques, sauf en ce qui concerne le niveau d'éducation de la mère : l'augmentation de ce dernier était corrélé à une baisse de l'incidence des caries.
Presque tous les enfants étudiés recevaient toujours des biberons à 12 et 18 mois.
La fréquence des caries était plus élevé chez les enfants qui avaient été allaités (72% contre 46%). Cependant, la durée de l'allaitement était similaire chez les divers groupes d'enfants. Il n'y avait pas de différence significative entre les enfants pour ce qui est de l'utilisation d'une sucette, de la cuillère ou de "doudous". Il n'y avait pas non plus de différence significative dans les apports quotidiens en lait, en jus de fruit ou en glucides, ni de rapport entre ces apports et la sévérité des caries.
Presque tous les enfants recevaient un biberon de lait la nuit à 12 mois, et la plupart d'entre eux en recevaient toujours à 18 mois.
Aucun rapport n'a pu être mis en évidence entre la survenue de carie et ce fait, même en prenant en compte le fait que certains enfants recevaient plus d'un biberon par nuit, qu'il pouvait dormir avec le biberon, et que le biberon pouvait contenir de l'eau.
Il n'y avait pas de différence entre les mères quant à leur permissivité.
Cependant, les mères dont les enfants avaient des caries étaient plus nombreuses à utiliser le biberon pour amener leur enfant à coopérer avec elles (58% contre 23%).
En fait, le seul facteur qui s'est avéré fortement corrélé à l'apparition de caries chez le bambin a été la présence de caries chez la mère.
55% des mères dont l'enfant souffrait de carie avaient elles-mêmes au moins 8 caries, contre 19% des mères dont les enfants n'avaient pas de caries. Cela avait déjà été mis en évidence dans d'autres études, et il est difficile de savoir dans quelle mesure ce fait est du à des facteurs génétiques ou environnementaux.
Aucune différence significative n'a pu être retrouvée dans l'incidence des caries en fonction de la prise éventuelle de fluor, de l'âge auquel avait débuté une supplémentation en fluor, ou de l'âge auquel on avait commencé à brosser les dents de l'enfant. Contrairement à l'opinion couramment répandue, et à ce qui a été rapporté par certaines autres études, aucune corrélation n'a pu être mise en évidence entre la prévalence des caries et l'utilisation du biberon la nuit et après l'âge de 12 mois.
Cette étude a porté sur des enfants venant dans une consultation pédiatrique générale, et non dans une consultation dentaire, ce qui peut expliquer cette différence de résultat.
D'autre part, les enfants ont été vus à des âges différents, leurs apports glucidiques n'on pas pu être appréciés exactement, et les réponses des mères sur le don de biberons pouvaient être approximatives, ce qui est susceptible d'avoir faussé les résultats. La raison pour laquelle l'incidence des caries était plus élevée chez les enfants allaités est obscure.
Certains auteurs attribuent cet état de fait à la poursuite des tétées nocturnes après 2 à 3 ans. Cela ne peut cependant pas être le cas ici, la majorité des mères qui avaient allaité avaient sevré leur enfant vers 5 à 6 mois, avant même la sortie de la première dent.
Il est possible que cette corrélation soit due à des biais non encore mis en évidence. Dans cette étude, le pourcentage de mères présentant au moins 8 caries était plus élevé chez les mères qui avaient allaité (72% contre 28%), ce qui, étant donné l'impact important de ce facteur, peut être une explication. 80% des mères étaient d'origine hispanique, et des facteurs raciaux peuvent avoir une influence. Les auteurs concluent que l'origine des caries est multifactorielle, et qu'il n'on mis en évidence aucune raison de recommander un sevrage précoce du sein ou du biberon. D'autres études sont nécessaires afin de mieux cerner les causes de ce type de caries.
Lait maternel à lui seul n'est pas la cause des caries dentaire. Toutefois, l'allaitement maternel exclusif ne signifie pas que l'enfant sera immunisé contre la carie dentaire.
Brian Palmer
Sur son site Internet, le Dr. Brian Palmer (dentiste) a une présentation de 74 pages en anglais sur la carie dentaire HYPERLINK "http://www.brianpalmerdds.com/caries.htm" http://www.brianpalmerdds.com/caries.htm. Si vous lisez l'anglais, c'est une lecture très intéressante. En page 64, il cite une étude récente (1998) faite par la Dr. Erickson comme suit :
Pamela Erickson, DDS, Ph.D.. - Article #1 Certaines préparations commerciales attaquent l'émail.
La majorité des préparations commerciales pour nourrissons réduisent le pH de façon importante. Certaines préparations commerciales ont causé la carie dentinaire en 3,4 semaines et ont atteint la pulpe en 7,2 semaines. Certaines préparations commerciales encouragent une croissance bactérienne importante. Pour cet article, Dr. Erickson a mérité le premier prix de l"Educational Foundation Research Award" de l'AAPD en 1997. Estimation of the caries-related risk associated with infant formula, Pediatr Dent, 1998;20(7)(Nov-Dec):395-403 Dans sa présentation, il note plusieurs causes importantes de la carie dentaire chez les enfants, dont le streptocoque mutans, la mauvaise hygiène dentaire et une trop grande consommation de sucres. Il cite aussi une autre étude du Dr. Erickson : Investigation of the role of human milk in caries development. Pediatric Dentistry, 1999;21(2)(Mar-Apr):86-90. Françoise, aurais-tu une résumé français de ces études de la Dr. Erickson ? Dr. Palmer conclut sa présentation comme suit : "Le lait maternel à lui seul ne cause pas la carie dentaire. Toutefois, l'allaitement maternel exclusif ne signifie pas que l'enfant sera immunisé contre la carie dentaire."
Sur son site Internet, le Dr. Brian Palmer (dentiste) a une présentation de 74 pages en anglais sur la carie dentaire HYPERLINK "http://www.brianpalmerdds.com/caries.htm" http://www.brianpalmerdds.com/caries.htm. Si vous lisez l'anglais, c'est une lecture très intéressante. En page 64, il cite une étude récente (1998) faite par la Dr. Erickson comme suit :
Pamela Erickson, DDS, Ph.D.. - Article #1 Certaines préparations commerciales attaquent l'émail.
La majorité des préparations commerciales pour nourrissons réduisent le pH de façon importante. Certaines préparations commerciales ont causé la carie dentinaire en 3,4 semaines et ont atteint la pulpe en 7,2 semaines. Certaines préparations commerciales encouragent une croissance bactérienne importante. Pour cet article, Dr. Erickson a mérité le premier prix de l"Educational Foundation Research Award" de l'AAPD en 1997. Estimation of the caries-related risk associated with infant formula, Pediatr Dent, 1998;20(7)(Nov-Dec):395-403 Dans sa présentation, il note plusieurs causes importantes de la carie dentaire chez les enfants, dont le streptocoque mutans, la mauvaise hygiène dentaire et une trop grande consommation de sucres. Il cite aussi une autre étude du Dr. Erickson : Investigation of the role of human milk in caries development. Pediatric Dentistry, 1999;21(2)(Mar-Apr):86-90. Françoise, aurais-tu une résumé français de ces études de la Dr. Erickson ? Dr. Palmer conclut sa présentation comme suit : "Le lait maternel à lui seul ne cause pas la carie dentaire. Toutefois, l'allaitement maternel exclusif ne signifie pas que l'enfant sera immunisé contre la carie dentaire."
Allaitement et développement des structures faciales
Dossier de l'allaitement n°42
Allaitement et développement des structures faciales
L'allaitement, mode normal d'alimentation infantile, a un impact important sur le développement des structures faciales. Il permet une croissance osseuse normale du massif facial, le placement correct des dents, et prévient les malocclusions.
Tétée au sein et au biberon : des différences importantes
Un certain nombre d'études ont évalué les différences entre la succion de l'enfant lorsqu'il est au sein et lorsqu'il prend une tétine, et l'impact de ces différences sur le développement des structures faciales. Lorsqu'il tète le sein, l'enfant prend largement ce dernier en bouche, et l'étiré entre sa langue et son palais, puis comprime le tissu mammaire en un mouvement péri s ta Iti que. Le lait coule très en arrière, dans une gouttière formée par la langue, et le bébé l'avale régulièrement. Les mouvements de la langue chez le bébé qui prend un biberon sont très différents ; la langue exerce un mouvement de piston, voire vient se plaquer contre l'extrémité de la tétine pour limiter un flot de lait anarchique. Cette activité motrice anormale a pour conséquence immédiate de perturber la déglutition, puis, à plus long terme, d'induire des malocclusions chez les bambins, qui pourront persister à l'âge adulte.
La langue et les mâchoires travaillent de concert pour ex traire le lait du sein. La pression globale exercée par la succion est à la fois mieux répartie, plus régulière et plus douce au sein qu'au biberon. Du plus, le mamelon est un tissu mou, qui s'adapte à la structure buccale de l'enfant. Les tétines sont nettement plus rigides et moins extensibles, et c'est la cavité buccale de l'enfant qui devra tenter de s'adapter à la tétine. Etant donné que l'ossature se développe en fonction des pres sions musculaires qu'elle subit, le développement de la structure osseuse faciale sera donc différent chez l'enfant allaité et chez l'enfant alimenté au biberon.
Le développement crânio-facial et les malocclusions
La croissance crânio-faciale sera effectuée à 90% à l'âge de 12 ans, cette croissance étant maximale pendant les 4 premières années. La pression douce et régulière exercée par le tissu mammaire souple et la langue de l'enfant qui le plaque contre le palais va modeler progressivement ce dernier de façon homogène, ce qui facilitera la croissance normale des gencives, puis l'implantation correcte des dents. Le palais est très malléable, et tout objet qui vient régulièrement s'appuyer sur lui affectera la façon dont il se développera. La tétine du biberon, plus dure et nettement moins volumineuse que le sein, induira une évolution horizontale du palais vers une forme en V (pointe vers l'avant), au lieu de la forme normale en U ; cette déformation empêche la mise en place d'une dentition correcte et provoque des malocclusions.
Une étude de Labbock et Hendershot (1987), sur une cohorte de 9698 enfants, avait retrouvé un taux de malocclusions de 32,5% chez les enfants allaités pendant moins de 3 mois, contre 15,9% chez les enfants allaités pendant au moins 12 mois ; ce taux était 1,84 fois plus élevé chez les enfants nourris au lait industriel que chez les enfants allaités ; plus l'allaitement était long, plus la prévalence des malocclusions était basse. A partir des résultats d'une enquête effectuée en 1973, l'Académie Américaine d'Orthodontie avait constaté que 89% des enfants âgés de 12 à 17 ans souffraient d'anomalies de l'occlusion, et que ces dernières étaient suffisamment sévères pour imposer un traitement chez 16% des enfants. Ces chiffres sont à comparer avec ceux obtenus par les études portant sur les populations avant l'avènement de l'utilisation à grande échelle du biberon, les malocclusions y étaient rares. D'autres auteurs ont montré que l'utilisation de biberons et de sucettes induisait, outre des problèmes d'allaitement, un risque accru de malocclusion. Farsi (1997) a montre que plus l'allaitement durait longtemps, et moins l'enfant suçait son pouce ou utilisait une sucette. Hultcrantz (1995) a trouvé que 6,2% des enfants de 4 ans ron flaient toutes les nuits, el que ce chiffre atteignait 24% lorsque les enfants étaient malades. 60% de ces enfants avaient réguliè rement utilisé une sucette, contre 35% des enfants qui ne ronflaient pas.
L'auteur (Brian Palmer), dentiste de puis 27 ans, s'est intéressé à la ques tion en voyant défi ler des centaines de patients atteints de déformations buc cales, de malocclu?sions et de malpositions dentaires similaires. Il a donc décidé d'étudier de près les structures osseuses de crânes anciens, provenant de personnes qui avaient, selon toute probabilité, été allai tées pendant une longue période. L'examen de crânes provenant d'une ancienne ethnie indienne a retrouvé un taux de malocclusions de 2%, Celui d'un lot de crânes préhistoriques n'a retrouvé aucune malocclusion. Dans ces crânes, le palais est harmonieusement développé, bien arrondi, les dents sont régulièrement implantées, et les malocclusions quasiment inexistantes. Par contre, l'examen de crânes « récents » retrouve une proportion très élevée de maladies parodontales, de malocclusions, d'implantations dentaires anormales...
Un crâne ancien : des arcades dentaires bien arrondies et des dents bien implantées
Palais normal en U
Palais en V induit par la tétine
Tout ce qui sera introduit dans la bouche du nourrisson aura un impact sur le développement des structures faciales. L'importance de cet impact sera fonction de la précocité du début de l'introduction, de la fréquence et de la durée de l'exposition. Le tissu mou du sein s'adapte facilement à la bouche de l'enfant ; tout objet plus ferme imposera à la bouche une adaptation. De plus, pendant la tétée, les pressions exercées par la succion de l'enfant sont régulièrement réparties, et la langue exerce un mouvement péristaltique sous le sein ; cela joue un rôle fondamental dans le développement normal des processus de déglutition, dans l'alignement des dents et dans le dévelop? pement du palais dur. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'existence d'un frein de la langue trop court doit être dépistée afin d'effectuer une freinectomie ; sinon, en empêchant les mouvements normaux de la langue, le frein anormalement court peut induire diverses anomalies faisant le lit de la malocclusion.
De nombreux facteurs influencent le risque de malocclusion, y compris l'hérédité. Des déformations spécifiques des structures faciales ont été décrites lorsque les enfants suçaient leur pouce pendant longtemps, ou passaient beaucoup de temps avec une sucette en bouche, ces pratiques étant nettement plus fréquentes chez les enfants qui ne sont pas allaités. Grâce aux progrès de la médecine, des enfants qui seraient morts autrefois peuvent maintenant atteindre l'âge adulte, et transmettre à leurs enfants des gènes récessifs responsables de diverses conditions pathologiques, dont certains peuvent favoriser les malocclusions. D'autres facteurs sont les mariages inter-raciaux, une différence importante de taille entre les parents, un frein de la langue trop court, des amygdales trop volumineuses, des allergies, les pathologies neurologiques affectant les nerfs faciaux, et même l'alimentation (nature et texture). Toutefois, ces facteurs ne peuvent être rendus responsables des 89% de problèmes de malocclusions rencontrés aux USA en 1973. Le principal facteur de risque semble être les nouvelles habitudes buccales des jeunes enfants.
Allaitement et développement des voies aériennes
Du développement des structures faciales dépend celui des cavités nasales. Toute anomalie du palais retentira sur les voies aériennes supérieures, avec un impact sur les capacités respira toires pouvant être très important. Une étude de Kushida a montré que les déformations induites par la tétine du biberon favorisaient les épisodes d'apnée obstructive nocturne (AON).
L'AON est un problème médical sérieux qui affecte la capa cité à respirer pendant le sommeil. Le diagnostic sera fait sur la constatation de l'existence, chez le nourrisson, d'apnées fré quentes pendant le sommeil, de durée supérieure à 10 secondes. On observe aussi des ronflements, des réveils fréquents dûs aux pauses respiratoires, une somnolence diurne. Il y a un risque de mort subite du nourrisson et d'insuffisance cardiaque. Chez un enfant plus grand, on pourra observer des ronflements noctur nes, des céphalées, une hyperactivité, un retard du développement, des troubles du comportement, une fatigue chronique, des cauchemars, une énurésie et des troubles de l'attention. Chez l'adulte, cette condition peut induire une hy pertension, des céphalées matinales, une dépression, des troubles du comportement, un déficit intellectuel, un mauvais état d'éveil diurne, des pertes de mémoire, une impuissance chez l'homme.
Quel est le rapport entre l'AON et l'allaitement? Ce der nier, en raison des pressions exercées par la succion au sein, joue un rôle important dans le développement optimal des structures faciales : palais, mâchoires... L'alimentation au bibe ron, l'utilisation régulière d'une sucette, la succion du pouce, sont des pratiques qui ne permettent pas la mise en jeu de pres sions adéquates, ce qui augmente le risque de malocclusion et de développement anormal des structures osseuses ; cela contri buera au développement d'une AON.
En 1997, une équipe spécialisée dans l'étude du sommeil a publié un article sur les facteurs de risque pour l'AON. Ces facteurs sont un palais haut, des arches dentaires rétrécies, une rétrognatie, un cou large et un poids supérieur à la normale. 11 est donc particulièrement important de savoir qu'avant l'utilisation en routine des biberons et sucettes, il était rare d'observer des palais trop hauts, des arcs dentaires rétrécis et des rétrognaties.
Un palais trop haut augmente le risque d'obstruction des voies aériennes, de rétrécissement de la mâchoire supérieure, et de malocclusion. Dans la mesure où le plafond de l'étage buccal est aussi le plancher de l'étage nasal, toute augmentation de la hauteur du palais diminuera d'autant celle de l'étage nasal, et augmentera la résistance au passage de l'air par les voies aé riennes. L'élévation du palais rétrécira aussi la taille de l'orifice postérieur de l'étage nasal (les choanes). Plus l'ouverture sera étroite, plus le risque d'AON sera élevé. Or, ces problèmes sont très rares dans les régions où l'allaitement est la norme. Les données archéologiques permettent de penser que l'AON était virtuellement inconnue avant l'invention des tétines.
En conclusion
Les enfants nourris au biberon ont un risque nettement plus élevé de pathologies bucco-dentaires que les enfants allaités ; lorsqu'ils seront adultes, ils seront beaucoup plus nombreux à ronfler ou à souffrir d'épisodes d'apnée obstructive nocturne. Les conséquences de ces anomalies sont considérables, tant sur le plan de la santé que sur le plan économique. Il n'est pas tou jours possible de corriger ces problèmes, et, lorsqu'un traitement existe, il sera souvent long et coûteux. Prévenir vaut toujours mieux que guérir : allaiter selon les recommandations de l'OMS, et éloigner de la bouche de l'enfant les sucettes et autres objets du même genre, sont des facteurs importants pour la santé dentaire et le développement des structures crânio-faciales. La prévention de ces problèmes est une raison supplémentaire pour faire connaître l'importance de l'allaitement auprès du public, des professionnels de santé, des services de santé et de remboursement des soins médicaux.
Bibliographie :
• The influence of breastfeeding on the development of the oral cavity : a commentary. B Palmer. JHL 1998 ; 14(2) : 93-98.
• Breastfeeding : reducing thé riskfor obstructive sleep ap-nea. B Palmer. BAbst 1999 ; 19-20.
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• GV Black. Operative Dentistry : The Pathology ofthe Hard Tissues ofthe Teeth, 2nd éd. London : Médico-Dental, 1914.
• PH Torney. Prolongea, on-demand breastfeeding and dental decay : An investigation. M. Dent. SC. thesis, Dublin, 1992.
• S Molnar and I Molnar. Dental Arch Shape and Tooth Wear Among thé Prehistoric Populations of thé Murray River Valley in Craniofacial Variations in Pacific Populations. Adé laïde, S. Australia : Gillingham Printer.1992, 99-111.
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• B Ogaard, E Larsson, and R Lindsten. The effect of sucking habits, cohort, sex, intercanine arch widths, and breast or bottle feeding on posterior crossbite in Norwegian and Swedish 3-year-old children. Am J Orthod Dentofac Ortho 1994 ; 106(2) : 161-66.
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www.lllfrance.org
Peut être reproduit, imprimé ou diffusé à condition de mentionner la provenance de cet article.
Publié dans Les Dossierrs de l'Allaitement n° 42, LLL France 1999
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Sommaire du fond documentaire
Allaitement et développement des structures faciales
L'allaitement, mode normal d'alimentation infantile, a un impact important sur le développement des structures faciales. Il permet une croissance osseuse normale du massif facial, le placement correct des dents, et prévient les malocclusions.
Tétée au sein et au biberon : des différences importantes
Un certain nombre d'études ont évalué les différences entre la succion de l'enfant lorsqu'il est au sein et lorsqu'il prend une tétine, et l'impact de ces différences sur le développement des structures faciales. Lorsqu'il tète le sein, l'enfant prend largement ce dernier en bouche, et l'étiré entre sa langue et son palais, puis comprime le tissu mammaire en un mouvement péri s ta Iti que. Le lait coule très en arrière, dans une gouttière formée par la langue, et le bébé l'avale régulièrement. Les mouvements de la langue chez le bébé qui prend un biberon sont très différents ; la langue exerce un mouvement de piston, voire vient se plaquer contre l'extrémité de la tétine pour limiter un flot de lait anarchique. Cette activité motrice anormale a pour conséquence immédiate de perturber la déglutition, puis, à plus long terme, d'induire des malocclusions chez les bambins, qui pourront persister à l'âge adulte.
La langue et les mâchoires travaillent de concert pour ex traire le lait du sein. La pression globale exercée par la succion est à la fois mieux répartie, plus régulière et plus douce au sein qu'au biberon. Du plus, le mamelon est un tissu mou, qui s'adapte à la structure buccale de l'enfant. Les tétines sont nettement plus rigides et moins extensibles, et c'est la cavité buccale de l'enfant qui devra tenter de s'adapter à la tétine. Etant donné que l'ossature se développe en fonction des pres sions musculaires qu'elle subit, le développement de la structure osseuse faciale sera donc différent chez l'enfant allaité et chez l'enfant alimenté au biberon.
Le développement crânio-facial et les malocclusions
La croissance crânio-faciale sera effectuée à 90% à l'âge de 12 ans, cette croissance étant maximale pendant les 4 premières années. La pression douce et régulière exercée par le tissu mammaire souple et la langue de l'enfant qui le plaque contre le palais va modeler progressivement ce dernier de façon homogène, ce qui facilitera la croissance normale des gencives, puis l'implantation correcte des dents. Le palais est très malléable, et tout objet qui vient régulièrement s'appuyer sur lui affectera la façon dont il se développera. La tétine du biberon, plus dure et nettement moins volumineuse que le sein, induira une évolution horizontale du palais vers une forme en V (pointe vers l'avant), au lieu de la forme normale en U ; cette déformation empêche la mise en place d'une dentition correcte et provoque des malocclusions.
Une étude de Labbock et Hendershot (1987), sur une cohorte de 9698 enfants, avait retrouvé un taux de malocclusions de 32,5% chez les enfants allaités pendant moins de 3 mois, contre 15,9% chez les enfants allaités pendant au moins 12 mois ; ce taux était 1,84 fois plus élevé chez les enfants nourris au lait industriel que chez les enfants allaités ; plus l'allaitement était long, plus la prévalence des malocclusions était basse. A partir des résultats d'une enquête effectuée en 1973, l'Académie Américaine d'Orthodontie avait constaté que 89% des enfants âgés de 12 à 17 ans souffraient d'anomalies de l'occlusion, et que ces dernières étaient suffisamment sévères pour imposer un traitement chez 16% des enfants. Ces chiffres sont à comparer avec ceux obtenus par les études portant sur les populations avant l'avènement de l'utilisation à grande échelle du biberon, les malocclusions y étaient rares. D'autres auteurs ont montré que l'utilisation de biberons et de sucettes induisait, outre des problèmes d'allaitement, un risque accru de malocclusion. Farsi (1997) a montre que plus l'allaitement durait longtemps, et moins l'enfant suçait son pouce ou utilisait une sucette. Hultcrantz (1995) a trouvé que 6,2% des enfants de 4 ans ron flaient toutes les nuits, el que ce chiffre atteignait 24% lorsque les enfants étaient malades. 60% de ces enfants avaient réguliè rement utilisé une sucette, contre 35% des enfants qui ne ronflaient pas.
L'auteur (Brian Palmer), dentiste de puis 27 ans, s'est intéressé à la ques tion en voyant défi ler des centaines de patients atteints de déformations buc cales, de malocclu?sions et de malpositions dentaires similaires. Il a donc décidé d'étudier de près les structures osseuses de crânes anciens, provenant de personnes qui avaient, selon toute probabilité, été allai tées pendant une longue période. L'examen de crânes provenant d'une ancienne ethnie indienne a retrouvé un taux de malocclusions de 2%, Celui d'un lot de crânes préhistoriques n'a retrouvé aucune malocclusion. Dans ces crânes, le palais est harmonieusement développé, bien arrondi, les dents sont régulièrement implantées, et les malocclusions quasiment inexistantes. Par contre, l'examen de crânes « récents » retrouve une proportion très élevée de maladies parodontales, de malocclusions, d'implantations dentaires anormales...
Un crâne ancien : des arcades dentaires bien arrondies et des dents bien implantées
Palais normal en U
Palais en V induit par la tétine
Tout ce qui sera introduit dans la bouche du nourrisson aura un impact sur le développement des structures faciales. L'importance de cet impact sera fonction de la précocité du début de l'introduction, de la fréquence et de la durée de l'exposition. Le tissu mou du sein s'adapte facilement à la bouche de l'enfant ; tout objet plus ferme imposera à la bouche une adaptation. De plus, pendant la tétée, les pressions exercées par la succion de l'enfant sont régulièrement réparties, et la langue exerce un mouvement péristaltique sous le sein ; cela joue un rôle fondamental dans le développement normal des processus de déglutition, dans l'alignement des dents et dans le dévelop? pement du palais dur. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'existence d'un frein de la langue trop court doit être dépistée afin d'effectuer une freinectomie ; sinon, en empêchant les mouvements normaux de la langue, le frein anormalement court peut induire diverses anomalies faisant le lit de la malocclusion.
De nombreux facteurs influencent le risque de malocclusion, y compris l'hérédité. Des déformations spécifiques des structures faciales ont été décrites lorsque les enfants suçaient leur pouce pendant longtemps, ou passaient beaucoup de temps avec une sucette en bouche, ces pratiques étant nettement plus fréquentes chez les enfants qui ne sont pas allaités. Grâce aux progrès de la médecine, des enfants qui seraient morts autrefois peuvent maintenant atteindre l'âge adulte, et transmettre à leurs enfants des gènes récessifs responsables de diverses conditions pathologiques, dont certains peuvent favoriser les malocclusions. D'autres facteurs sont les mariages inter-raciaux, une différence importante de taille entre les parents, un frein de la langue trop court, des amygdales trop volumineuses, des allergies, les pathologies neurologiques affectant les nerfs faciaux, et même l'alimentation (nature et texture). Toutefois, ces facteurs ne peuvent être rendus responsables des 89% de problèmes de malocclusions rencontrés aux USA en 1973. Le principal facteur de risque semble être les nouvelles habitudes buccales des jeunes enfants.
Allaitement et développement des voies aériennes
Du développement des structures faciales dépend celui des cavités nasales. Toute anomalie du palais retentira sur les voies aériennes supérieures, avec un impact sur les capacités respira toires pouvant être très important. Une étude de Kushida a montré que les déformations induites par la tétine du biberon favorisaient les épisodes d'apnée obstructive nocturne (AON).
L'AON est un problème médical sérieux qui affecte la capa cité à respirer pendant le sommeil. Le diagnostic sera fait sur la constatation de l'existence, chez le nourrisson, d'apnées fré quentes pendant le sommeil, de durée supérieure à 10 secondes. On observe aussi des ronflements, des réveils fréquents dûs aux pauses respiratoires, une somnolence diurne. Il y a un risque de mort subite du nourrisson et d'insuffisance cardiaque. Chez un enfant plus grand, on pourra observer des ronflements noctur nes, des céphalées, une hyperactivité, un retard du développement, des troubles du comportement, une fatigue chronique, des cauchemars, une énurésie et des troubles de l'attention. Chez l'adulte, cette condition peut induire une hy pertension, des céphalées matinales, une dépression, des troubles du comportement, un déficit intellectuel, un mauvais état d'éveil diurne, des pertes de mémoire, une impuissance chez l'homme.
Quel est le rapport entre l'AON et l'allaitement? Ce der nier, en raison des pressions exercées par la succion au sein, joue un rôle important dans le développement optimal des structures faciales : palais, mâchoires... L'alimentation au bibe ron, l'utilisation régulière d'une sucette, la succion du pouce, sont des pratiques qui ne permettent pas la mise en jeu de pres sions adéquates, ce qui augmente le risque de malocclusion et de développement anormal des structures osseuses ; cela contri buera au développement d'une AON.
En 1997, une équipe spécialisée dans l'étude du sommeil a publié un article sur les facteurs de risque pour l'AON. Ces facteurs sont un palais haut, des arches dentaires rétrécies, une rétrognatie, un cou large et un poids supérieur à la normale. 11 est donc particulièrement important de savoir qu'avant l'utilisation en routine des biberons et sucettes, il était rare d'observer des palais trop hauts, des arcs dentaires rétrécis et des rétrognaties.
Un palais trop haut augmente le risque d'obstruction des voies aériennes, de rétrécissement de la mâchoire supérieure, et de malocclusion. Dans la mesure où le plafond de l'étage buccal est aussi le plancher de l'étage nasal, toute augmentation de la hauteur du palais diminuera d'autant celle de l'étage nasal, et augmentera la résistance au passage de l'air par les voies aé riennes. L'élévation du palais rétrécira aussi la taille de l'orifice postérieur de l'étage nasal (les choanes). Plus l'ouverture sera étroite, plus le risque d'AON sera élevé. Or, ces problèmes sont très rares dans les régions où l'allaitement est la norme. Les données archéologiques permettent de penser que l'AON était virtuellement inconnue avant l'invention des tétines.
En conclusion
Les enfants nourris au biberon ont un risque nettement plus élevé de pathologies bucco-dentaires que les enfants allaités ; lorsqu'ils seront adultes, ils seront beaucoup plus nombreux à ronfler ou à souffrir d'épisodes d'apnée obstructive nocturne. Les conséquences de ces anomalies sont considérables, tant sur le plan de la santé que sur le plan économique. Il n'est pas tou jours possible de corriger ces problèmes, et, lorsqu'un traitement existe, il sera souvent long et coûteux. Prévenir vaut toujours mieux que guérir : allaiter selon les recommandations de l'OMS, et éloigner de la bouche de l'enfant les sucettes et autres objets du même genre, sont des facteurs importants pour la santé dentaire et le développement des structures crânio-faciales. La prévention de ces problèmes est une raison supplémentaire pour faire connaître l'importance de l'allaitement auprès du public, des professionnels de santé, des services de santé et de remboursement des soins médicaux.
Bibliographie :
• The influence of breastfeeding on the development of the oral cavity : a commentary. B Palmer. JHL 1998 ; 14(2) : 93-98.
• Breastfeeding : reducing thé riskfor obstructive sleep ap-nea. B Palmer. BAbst 1999 ; 19-20.
Références :
• D Weider , M Sateia, and R West. Nocturnal enuresis in children with upper airway obstruction. Otolaryngol Head NeckSurg 1991 ; 105(3) : 427-32.
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• P Paunio, P Rautava, and NI Sillanpaa. The Finnish famify compétence study : effects of living conditions on sucking habits in 3-year-old Finnish children and thé association between these habits and dental occlusion. Acta Odontol Scand 1993 ; 5 1(1) : 23-29.
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Peut être reproduit, imprimé ou diffusé à condition de mentionner la provenance de cet article.
Publié dans Les Dossierrs de l'Allaitement n° 42, LLL France 1999
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Sommaire du fond documentaire
Rev Orthop Dento Faciale 2002 ; 36 : 289-309. M Limme.
Dossier de l'allaitement n°60
Conduites alimentaires et croissance des arcades dentaires
M Limme. Rev Orthop Dento Faciale 2002 ; 36 : 289-309.
Dès le plus jeune âge, les fonctions d'alimentation vont jouer un rôle important pour la croissance des mâchoires et des arcades dentaires. La fonction succion / déglutition se met en place pendant la vie intra-utérine, et l'enfant a appris à déglutir le liquide amniotique, A la naissance, il est normalement parfaitement prêt à s'alimenter.
La bouche du nouveau-né présente des caractéristiques tout à fait particulières. Tout d'abord, il n'a aucune dent ; l'enfant ne dispose que des bourrelets gingivaux tapissant les crêtes alvéolaires. La crête alvéolaire supérieure présente, dans sa partie anté rieure, un élargissement antéro-postérieur, qui va être très important pour l'appui du mamelon pendant la tétée au sein. La mâchoire inférieure est située en arrière par rapport à la mâchoire supérieure ; sa croissance devra être importante pour rattraper ce décalage. La mandibule présente un caractère « infantile », avec en particulier un ramus très court. Enfin, il n'existe pas encore de cavité glénoïde ; les mouvements d'avancée du condyle consistent essentiellement en un mouvement presque horizontal de la mandibule vers l'avant, qui constitue une des composantes essentielles de la tétée au sein, ainsi qu'un stimulus important pour la croissance de la mandibule. Toutes ces caractéristiques sont particulièrement bien adaptées à l'allaitement. Le sein est happé, le mamelon repose sur le plateau incisif supérieur et il est étiré en longueur. L'activité labiale doit être intense pour permettre la création d'une importante dépression intrabuccale. La propulsion mandibulaire réalise un mouvement de massage en synergie avec les mouvements de la langue. Le sein peut être considéré comme une pompe ; le travail musculaire de l'enfant contrôle le débit du lait.
Malheureusement, à notre époque, beaucoup d'enfants n'ont pas la chance de bénéficier de l'allaitement. Ils sont nourris au biberon. Or, la prise du biberon est une fonction beaucoup moins active, voire même passive, et donc beaucoup moins stimulante. Lors de la prise du biberon, le lait coule très facilement. La tétine est beaucoup moins aspirée et beaucoup moins profondément prise en bouche, les lèvres sont moins toniques, la propulsion mandibu laire est moindre. On observe surtout des mouvements horizontaux d'écrasement de la tétine. Le péristaltisme lingual est beaucoup moins marqué. Or, le potentiel de croissance est particulièrement important pendant les premières semaines de vie, et les possibilités de réponse anatomique aux sollicitations fonctionnelles sont immenses. Il ne faudrait pas en priver le bébé. Nous ne pouvons pas oublier que nous sommes des mammifères.
Avec l'apparition des incisives temporaires, la fonction « préhension / morsure » prend progressivement le relais. Chez l'homme moderne, c'est une fonction qui a été progressivement abandonnée en fonction de notre type d'alimentation ; la texture des aliments donnés au petit enfant ne va guère l'encourager à réaliser cette gymnastique masticatoire. A nouveau, les processus de croissance ne pourront pas s'exprimer normalement si les comportements fonctionnels ne sont pas suffisamment développés.
La sortie des premières molaires est à l'origine d'une nouvelle étape. L'enfant découvre une limite verticale, imposée par l'occlusion dentaire lors de la fermeture de la bouche, et cette occlusion se fait par engrènement de surfaces antagonistes. Cette relation d'intercuspidation va verrouiller les relations sagittales et transversales entre les mâchoires. Vers l'âge de 2 ans, la denture temporaire est complète. Parallèlement, les mouvements de mastication vont devenir de plus en plus élaborés et efficaces, avec appa rition de cycles masticatoires destinés à assurer l'écrasement des aliments. La nature et la texture des aliments vont conditionner la plupart des paramètres des cycles masticateurs. Là encore, la règle du « moindre effort » est courante dans notre société, et il ne faut donc pas s'attendre à la mise en place de cycles masticateurs puis sants lorsque l'alimentation est à base d'aliments pâteux ou semi-liquides.
La plus nocive déviation de notre alimentation moderne est sans doute le sucre, dont la consommation par habitant a été multipliée par 80 en deux siècles. Le sucre a eu des effets désastreux sur la santé dentaire, par la multiplication des caries, mais aussi en raison de son impact sur l'appareil masticateur. Le sucre est en effet très énergétique, et plus on en absorbera, moins il faudra d'autres aliments pour nous apporter notre ration calorique. A notre époque, les enfants absorbent des quantités considérables de boissons sucrées, qui jouent, entre autres, un rôle de coupe-faim, et ne demandent strictement aucun effort de mastication. Le type constitutionnel va aussi jouer un rôle. Est-il un caractère acquis ou inné ? Pro bablement le résultat d'une interaction entre les deux.
Pendant notre longue évolution depuis l'époque des cavernes, la fonction masticatrice n'a fait qu'involuer progressivement. Cela s'accompagne d'une involution de nos structures masticatoires. Depuis quelques décennies, cette évolution s'est brusquement accélérée de façon très importante, et les processus de croissance initialement prévus pour assurer une croissance harmonieuse de notre appareil masticateur sont devenus aujourd'hui inopérants. Nos lointains ancêtres avaient développé des arcades dentaires très larges. Nos enfants ont aujourd'hui bien souvent des mâchoires trop petites, sous-développées. La mastication est la gymnastique naturelle de l'appareil masticateur. Aujourd'hui nous le savons, mais il nous reste à le redécouvrir en pratique.
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Publié dans Les Dossiers de l'Allaitement n° 60, LLL France 2004
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Conduites alimentaires et croissance des arcades dentaires
M Limme. Rev Orthop Dento Faciale 2002 ; 36 : 289-309.
Dès le plus jeune âge, les fonctions d'alimentation vont jouer un rôle important pour la croissance des mâchoires et des arcades dentaires. La fonction succion / déglutition se met en place pendant la vie intra-utérine, et l'enfant a appris à déglutir le liquide amniotique, A la naissance, il est normalement parfaitement prêt à s'alimenter.
La bouche du nouveau-né présente des caractéristiques tout à fait particulières. Tout d'abord, il n'a aucune dent ; l'enfant ne dispose que des bourrelets gingivaux tapissant les crêtes alvéolaires. La crête alvéolaire supérieure présente, dans sa partie anté rieure, un élargissement antéro-postérieur, qui va être très important pour l'appui du mamelon pendant la tétée au sein. La mâchoire inférieure est située en arrière par rapport à la mâchoire supérieure ; sa croissance devra être importante pour rattraper ce décalage. La mandibule présente un caractère « infantile », avec en particulier un ramus très court. Enfin, il n'existe pas encore de cavité glénoïde ; les mouvements d'avancée du condyle consistent essentiellement en un mouvement presque horizontal de la mandibule vers l'avant, qui constitue une des composantes essentielles de la tétée au sein, ainsi qu'un stimulus important pour la croissance de la mandibule. Toutes ces caractéristiques sont particulièrement bien adaptées à l'allaitement. Le sein est happé, le mamelon repose sur le plateau incisif supérieur et il est étiré en longueur. L'activité labiale doit être intense pour permettre la création d'une importante dépression intrabuccale. La propulsion mandibulaire réalise un mouvement de massage en synergie avec les mouvements de la langue. Le sein peut être considéré comme une pompe ; le travail musculaire de l'enfant contrôle le débit du lait.
Malheureusement, à notre époque, beaucoup d'enfants n'ont pas la chance de bénéficier de l'allaitement. Ils sont nourris au biberon. Or, la prise du biberon est une fonction beaucoup moins active, voire même passive, et donc beaucoup moins stimulante. Lors de la prise du biberon, le lait coule très facilement. La tétine est beaucoup moins aspirée et beaucoup moins profondément prise en bouche, les lèvres sont moins toniques, la propulsion mandibu laire est moindre. On observe surtout des mouvements horizontaux d'écrasement de la tétine. Le péristaltisme lingual est beaucoup moins marqué. Or, le potentiel de croissance est particulièrement important pendant les premières semaines de vie, et les possibilités de réponse anatomique aux sollicitations fonctionnelles sont immenses. Il ne faudrait pas en priver le bébé. Nous ne pouvons pas oublier que nous sommes des mammifères.
Avec l'apparition des incisives temporaires, la fonction « préhension / morsure » prend progressivement le relais. Chez l'homme moderne, c'est une fonction qui a été progressivement abandonnée en fonction de notre type d'alimentation ; la texture des aliments donnés au petit enfant ne va guère l'encourager à réaliser cette gymnastique masticatoire. A nouveau, les processus de croissance ne pourront pas s'exprimer normalement si les comportements fonctionnels ne sont pas suffisamment développés.
La sortie des premières molaires est à l'origine d'une nouvelle étape. L'enfant découvre une limite verticale, imposée par l'occlusion dentaire lors de la fermeture de la bouche, et cette occlusion se fait par engrènement de surfaces antagonistes. Cette relation d'intercuspidation va verrouiller les relations sagittales et transversales entre les mâchoires. Vers l'âge de 2 ans, la denture temporaire est complète. Parallèlement, les mouvements de mastication vont devenir de plus en plus élaborés et efficaces, avec appa rition de cycles masticatoires destinés à assurer l'écrasement des aliments. La nature et la texture des aliments vont conditionner la plupart des paramètres des cycles masticateurs. Là encore, la règle du « moindre effort » est courante dans notre société, et il ne faut donc pas s'attendre à la mise en place de cycles masticateurs puis sants lorsque l'alimentation est à base d'aliments pâteux ou semi-liquides.
La plus nocive déviation de notre alimentation moderne est sans doute le sucre, dont la consommation par habitant a été multipliée par 80 en deux siècles. Le sucre a eu des effets désastreux sur la santé dentaire, par la multiplication des caries, mais aussi en raison de son impact sur l'appareil masticateur. Le sucre est en effet très énergétique, et plus on en absorbera, moins il faudra d'autres aliments pour nous apporter notre ration calorique. A notre époque, les enfants absorbent des quantités considérables de boissons sucrées, qui jouent, entre autres, un rôle de coupe-faim, et ne demandent strictement aucun effort de mastication. Le type constitutionnel va aussi jouer un rôle. Est-il un caractère acquis ou inné ? Pro bablement le résultat d'une interaction entre les deux.
Pendant notre longue évolution depuis l'époque des cavernes, la fonction masticatrice n'a fait qu'involuer progressivement. Cela s'accompagne d'une involution de nos structures masticatoires. Depuis quelques décennies, cette évolution s'est brusquement accélérée de façon très importante, et les processus de croissance initialement prévus pour assurer une croissance harmonieuse de notre appareil masticateur sont devenus aujourd'hui inopérants. Nos lointains ancêtres avaient développé des arcades dentaires très larges. Nos enfants ont aujourd'hui bien souvent des mâchoires trop petites, sous-développées. La mastication est la gymnastique naturelle de l'appareil masticateur. Aujourd'hui nous le savons, mais il nous reste à le redécouvrir en pratique.
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Peut être reproduit, imprimé ou diffusé à condition de mentionner la provenance de cet article.
Publié dans Les Dossiers de l'Allaitement n° 60, LLL France 2004
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Caries infantile pour Baptiste. Témoignage
Bonjour.
Baptiste, mon ainé a des dents superbes, mais mon second, Léo-Paul, a des dents très abimées et cariées. Il en a ébréché plusieurs, à peine sorties, lors de chutes, et puis il y a deux mois, nous avons remarqué qu'une prémolaire était cariée. Il a 2 ans 1/2 . J'ai consulté ma dentiste qui a confirmé la carie. C'est une dentiste très ouverte qui considère le corps dans sa globalité. Elle n'utilise pas d'amalgames dentaires qui sont toxiques car porteurs de métaux lourds, mais des résines. Elle m'a dit que Léo-Paul avait un terrain très acide ce qui fragilisait les dents ( comme du vinaigre sur la craie). Elle m'a donc conseillé un traitement homéopathique à ajuster avec mon médecin, pour essayer de modifier le terrain ainsi que des sels calcaires de weleda qui sont un complément en calcium homéopathique. Elle m'a recommandé d'arrêter tous les laitages en m'expliquant que les yaourts en particulier avaient tendance à acidifier le terrain. Le calcium se trouve dans bien d'autres aliments: figues sèches, brocolis, sardines à l'huile, graines de sésame... Je le savais déjà et de toute façon, à la maison, nous sommes tous allergiques au lait! On tolère les fromages à pâte dure en petite quantité ( conté, beaufort, emmental..) mais dès que l'on boit du lait, de la crème, un yaourt, ou un fromage à pâte tendre ( camembert ..) une heure après, on se met à éternuer et moucher en abondance. Mon mari est le plus sensible, il réagit tout de suite. Elle m'a recommandé de ne jamais donner de sucre à la fin des repas pour éviter les remontées acides. Donc pas de dessert pour Loulou. Les fruits, je les donne en début de repas ou mieux en dehors des repas. Par contre, je peux lui donner un goûter sucré: l'estomac n'ayant que ça à digérer, il n'y a pas de fermentation et de remontées acides. La dentiste m'a recommandé d'utiliser un dentifrice au fluor ( même si c'est à la fraise ou au chewing gum), pour que des cristaux de fluorure de ....je ne sais plus, colmatent la carie. Donc, brossage de dents après chaque repas. Il existe des brosses à dent très ludiques. On en a plusieurs et on choisit en fonction de l'humeur la brosse à dent électrique toute rouge ou celle à ventouse...c'est devenu un moment sympa et maintenant, c'est eux qui réclament ! En ce qui concerne les compléments de fluor, la dentiste n'était pas pour, elle préfère le dentifrice au fluor. Elle ne peux pas intervenir sur la carie, Léo-Paul est trop petit. Si les petits ont vraiment des caries importantes qui les font souffrir et les empêche de manger, ils sont soignés sous anesthésie générale. Pour Léo-Paul, nous n'en sommes pas là et on va tout faire pour l'éviter. En ce qui concerne la cause des caries, il y a ma négligence du brossage des dents. Et puis, il n'était pas rare que je donne les granules d'homéopathie ou du sirop bien sucré avant d'aller au lit. Promis, on ne m'y reprendra plus ! Mais pourquoi Léo-Paul y a été sensible et pas Baptiste? Léo-Paul a ce terrain acide dont j'ai parlé plus haut et il est né très prématurément ( carence, choc émotionnel...)
En ce qui concerne l'allaitement, la dentiste m'a dit que c'est très bien de l' allaiter longtemps, que les tétées de nuit n'étaient pas cariogène par rapport au biberon d'eau sucrée ou de jus de fruit au lit, et l'homéopathie ou les bombons !!!...Les câlins nocturnes peuvent donc continuer ! Depuis que l'on a mis tout ça en place, la carie n'a pas progressé. Je trouve même que c'est un peu mieux, moins de noir.Le comble, c'est que depuis que je suis en train d'écrire ce message mes gars défilent pour que j'ouvre les papiers des bombons apportés par mamie ! Ils ont des antennes nos petits. Je souhaite bon courage à toutes les mamans dont les petits ont des caries.
Cécile
Baptiste, mon ainé a des dents superbes, mais mon second, Léo-Paul, a des dents très abimées et cariées. Il en a ébréché plusieurs, à peine sorties, lors de chutes, et puis il y a deux mois, nous avons remarqué qu'une prémolaire était cariée. Il a 2 ans 1/2 . J'ai consulté ma dentiste qui a confirmé la carie. C'est une dentiste très ouverte qui considère le corps dans sa globalité. Elle n'utilise pas d'amalgames dentaires qui sont toxiques car porteurs de métaux lourds, mais des résines. Elle m'a dit que Léo-Paul avait un terrain très acide ce qui fragilisait les dents ( comme du vinaigre sur la craie). Elle m'a donc conseillé un traitement homéopathique à ajuster avec mon médecin, pour essayer de modifier le terrain ainsi que des sels calcaires de weleda qui sont un complément en calcium homéopathique. Elle m'a recommandé d'arrêter tous les laitages en m'expliquant que les yaourts en particulier avaient tendance à acidifier le terrain. Le calcium se trouve dans bien d'autres aliments: figues sèches, brocolis, sardines à l'huile, graines de sésame... Je le savais déjà et de toute façon, à la maison, nous sommes tous allergiques au lait! On tolère les fromages à pâte dure en petite quantité ( conté, beaufort, emmental..) mais dès que l'on boit du lait, de la crème, un yaourt, ou un fromage à pâte tendre ( camembert ..) une heure après, on se met à éternuer et moucher en abondance. Mon mari est le plus sensible, il réagit tout de suite. Elle m'a recommandé de ne jamais donner de sucre à la fin des repas pour éviter les remontées acides. Donc pas de dessert pour Loulou. Les fruits, je les donne en début de repas ou mieux en dehors des repas. Par contre, je peux lui donner un goûter sucré: l'estomac n'ayant que ça à digérer, il n'y a pas de fermentation et de remontées acides. La dentiste m'a recommandé d'utiliser un dentifrice au fluor ( même si c'est à la fraise ou au chewing gum), pour que des cristaux de fluorure de ....je ne sais plus, colmatent la carie. Donc, brossage de dents après chaque repas. Il existe des brosses à dent très ludiques. On en a plusieurs et on choisit en fonction de l'humeur la brosse à dent électrique toute rouge ou celle à ventouse...c'est devenu un moment sympa et maintenant, c'est eux qui réclament ! En ce qui concerne les compléments de fluor, la dentiste n'était pas pour, elle préfère le dentifrice au fluor. Elle ne peux pas intervenir sur la carie, Léo-Paul est trop petit. Si les petits ont vraiment des caries importantes qui les font souffrir et les empêche de manger, ils sont soignés sous anesthésie générale. Pour Léo-Paul, nous n'en sommes pas là et on va tout faire pour l'éviter. En ce qui concerne la cause des caries, il y a ma négligence du brossage des dents. Et puis, il n'était pas rare que je donne les granules d'homéopathie ou du sirop bien sucré avant d'aller au lit. Promis, on ne m'y reprendra plus ! Mais pourquoi Léo-Paul y a été sensible et pas Baptiste? Léo-Paul a ce terrain acide dont j'ai parlé plus haut et il est né très prématurément ( carence, choc émotionnel...)
En ce qui concerne l'allaitement, la dentiste m'a dit que c'est très bien de l' allaiter longtemps, que les tétées de nuit n'étaient pas cariogène par rapport au biberon d'eau sucrée ou de jus de fruit au lit, et l'homéopathie ou les bombons !!!...Les câlins nocturnes peuvent donc continuer ! Depuis que l'on a mis tout ça en place, la carie n'a pas progressé. Je trouve même que c'est un peu mieux, moins de noir.Le comble, c'est que depuis que je suis en train d'écrire ce message mes gars défilent pour que j'ouvre les papiers des bombons apportés par mamie ! Ils ont des antennes nos petits. Je souhaite bon courage à toutes les mamans dont les petits ont des caries.
Cécile
| carieslaitmattemoingcecile.doc | |
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